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UN QUARTIER BANAL DE PROVINCE

 

Le toubib m’a dit : « marcher tous les jours c’est la santé ! ». Ainsi je connais par cœur mon paisible quartier. Il ne se réveille que sous le rugissement des motos et des voitures lorsque les gens des nouvelles villas partent ou reviennent du travail. Au-delà de chez nous des hectares de prairie sont devenus des alignements de maisons individuelles. Très joli cette manière d’avoir chacun son toit, mais il faut impérativement une ou deux bagnoles par ménage !

 

Avec ma canne, j’évite une nouvelle chute, car je marche le nez en l’air. Il y a souvent du nouveau dans nos rues !

Cette vieille ferme, à deux pas de notre petite maison sans étage, je l’ai convoitée ! Elle a du caractère, elle évoque l’autrefois. Mais tout était à y refaire. Et voilà qu’un jeune ménage venu du sud a joué la carte de la renaissance. Je les vois juchés sur le toit avec deux copains, qui déposent les tuiles anciennes pour changer des chevrons pourris. Quel courage ! Ils vont sauver cette vieille bâtisse, qui nous aidera à rêver au-delà de la banalité du parc immense des villas modernes…

 

A cent mètres de chez-nous, le chien du boulanger (il le fut autrefois) aboie furieusement en deux occasions seulement : quand la voiture des poubelles sillonne le quartier ! et à l’arrivée du facteur ! Allez savoir pourquoi ?

 

Deux cents mètres plus loin, le scandale !

Une maison neuve avec un étage, toutes ouvertures fermées, depuis 12 ans. Renseignements pris : il y a litige devant le Tribunal pour le mauvais emplacement de l’escalier intérieur. Comment peut-on maintenir ce beau logement entouré d’un jardin, inoccupé, alors que tant de familles sont en manque ?

 

Je tourne à gauche et m’arrête pour admirer deux « élagueurs », qui, la tronçonneuse à la main, en équilibre au-haut des platanes sectionnent des branches qui tombent lourdement sur le sol.

 

Sur ma droite, la rue du « nouveau temple », dont je n’ai pas encore réussi à savoir ce qu’était devenu cet édifice religieux ?

 

 Plus loin, j’adore cette maison basse qui englobe un ancien minuscule pavillon de chasse. Les propriétaires des grosses maisons de Maîtres, cèdent le fond de leur parc, donnant sur une autre rue. Et plusieurs familles ont installé leur modeste demeure à l’ombre lointaine des demeures châtelaines !

 

Je poursuis ma marche découverte. Dans un recoin de cette ruelle un couple d’amoureux. Je détourne la tête et leur souhaite secrètement du bonheur.

 

J’enfile l’avenue large et secrète qui part du centre ville pour filer vers l’ouest, où se trouvent les quartiers riches de toutes les villes ! La « noblesse » de Montélimar est issue de la fabrication et de la vente dans le monde entier, du nougat. Cette classe dirigeante de la ville, habite des demeures somptueuses de style divers, avec, les séparant de la rue, des jardins arborés et fleuris. Il faut s’approcher des grilles imposantes pour découvrir ces riches demeures patronales.

 

Voici, derrière le beau quartier, un fouillis de petites maisons déjà anciennes. Tous les styles s’y retrouvent mais chacun a sa piscine creusée ou hors sol.

 

Je suis presque parvenu à la gare, où tout me parait laid.

Les petits commerces ont presque tous fermé sous l’attraction irrésistible de la grande surface, le « Géant Casino » où l’on peut tout trouver. Temple   de la consommation il voit actuellement, ses ventes diminuer. Le pouvoir d’achat est rogné. On ne voit plus comme il y a quelques années autant de caddies débordants.

 

La fatigue me fait bifurquer vers une voie de retour.

Aïe ! C’est l’heure de la libération des peuplades du collège et du lycée. Je dois me mettre sur le côté ! Ils marchent très vite en se bousculant, parlent tous en même temps et très fort. J’admire leur vitalité. Mais je reste pantois devant l’accoutrement de ces futurs citoyens (surtout les filles, fardées à outrance et

affichant leur liberté)

 

Le retour à la maison me fait longer une ruelle bordée de petits murs de pierre, bas. C’est là où je promenais ma petite fille Zoé, jadis ! Pour elle, ce petit chemin était comme un couloir. Il me fallait la hisser, afin qu’elle voit au-delà du mur. Plus loin dans le même passage étroit où seul les piétons s’aventurent, une grande maison ancienne, maintenue inhabitée car un projet de construction doit être réalisé. Les panneaux municipaux annoncent la réalisation pour Avril 2007 ! Un jour cette maison, le petit « chemin de Zoé » et son mur ancien disparaîtront sous la pelleteuse. Mais le promoteur n’a pas l’air pressé !

 

Je tourne radicalement le dos au centre ville. Là-bas se trouvent deux églises catholiques où j’aime me recueillir, et le Temple qui n’ouvre que le dimanche.

C’est sous son ombre, sur le vaste trottoir, que nous nous retrouvons, citoyens de toutes obédiences, tous les second mercredis de chaque mois, pour notre CERCLE de SILENCE. Il ne faut pas que la devise républicaine soit gommée par des arrivistes apeurés !

 

Voici notre grille et le jardin secret que j’aime.

La promenade est terminée. Dans la maison je retrouve la femme de ma vie. Et je bénis ce Dieu qui nous fait aimer les choses et les gens.

          Le 23 septembre 2010          Jean  HOIBIAN

Tag(s) : #La vie tout court

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