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Théologie de la libération et théologie palestinienne

Synthèse du travail du CA des Amis de Sabeel France,

 le 28 septembre 2010 à Avignon.

 

Le Président introduit l'échange par la lecture d’un extrait du livre de Naim Ateek qui met en évidence deux courants messianiques au temps de Jésus, dans l'Église apostolique et l'Église ancienne jusqu'à l'adoption du christianisme par l'Empire romain : un courant davidique qui attendait un messie guerrier et puissant ; et un autre courant du serviteur souffrant en faveur de son peuple, pour lui apporter le salut… Au temps de Jésus, ce second courant a prévalu. Lorsque le christianisme devint la religion officielle de l’Empire, on est revenu au premier courant dans la communauté chrétienne.

Synthèse des échanges :

 

I – EN QUOI CONSISTE LA THEOLOGIE DE LA LIBERATIO N – APPROCHE COMMUNE.

Ses principaux représentants ou témoins furent:  Mgr Romero, né en 1917, archevêque de San Salvador, assssiné le 24 mars 19880 – Gustavo Guttierez, né en 1928, théologien catholique péruvien (Lima) – Leonardo Boff, né en 1938, théologien catholique brésilien. - José-Miguez Bonino, né en 1924, théologien protestant (méthodiste), en Argentine. - Ernesto Cardenal, né en 1925, théologien catholique, au Nicaragua. -

Mgr Helder Camara, né en 1909, archevêque d'Olinda et Recife (Brésil) de 1964 à 1985, mort en 1999. - Georges Casalis, né en 1917, théologien protestant français, mort au Nicaragua en 1987.

La théologie de la libération est née en Amérique latine (en opposition à l'influence de l'Opus Dei dans cette partie du monde ?).  Ce courant théologique est né et s'est développé par rapport aux souffrances sociales et aux injustices économiques, en Amérique centrale et du Sud.

Elle s'est appuyée sur une démarche pastorale de solidarité avec la cause des éléments exploités de la société. Cette dernière a été mise en œuvre à travers des « Communautés de Base » pour réfléchir à la situation économique, sociale et politique, et pour mettre en œuvres des initiatives de solidarité susceptibles de transformer la société. Ces communautés de base ont aussi été le cadre d'une lecture communautaire des écrits bibliques, en rapport avec les situations concrètes de vie.

Ainsi se développa une « Théologie contextuelle », dont le thème majeur a été « la  libération » à la fois comme clé de lecture des textes bibliques, et comme clé de compréhension du contexte présent. Il s'agissait de confronter le texte biblique avec la situation concrète des lecteurs.

Les textes ont alors pris un sens renouvelé par la prise en compte de la condition douloureuse ou injuste des auteurs, ou des principaux acteurs de  ces textes.  Une nouvelle méthode de lecture est ainsi née.

La théologie de la libération s'est répandue à travers le monde. En Amérique du Nord et en Europe, elle a souvent pris la forme d'une théologie féministe  (libération de la femme). En Afrique, une théologie  noire de la libération s'est développée.

La théologie de la libération a aussi été le support de la mise en valeur de la notion de Non-Violence, notamment en Europe de l'Est, avant la disparition du Rideau de Fer.

Les critiques de la Théologie de la Libération.

Il lui a été reproché de se laisser dominer par l'idéologie et la problématique marxiste, dont les théologiens se sont servis comme méthode d'analyse de la situation  sociale et économique. Notamment le recours à la problématique de la lutte des classes, ou au langage révolutionnaire (révolution sociale).

On lui a reproché de privilégier l'immanence de l'engagement socio-politique, par rapport à la transcendance de la spiritualité et de la vie religieuse en général.

Remarque:

-          Il semble que la théologie de la libération, dans sa dimension universelle ne pouvait pas apparaître ailleurs que dans le christianisme.  L'Islam semble ignorer la dimension de l'éthique sociale, indépendamment de la soumission à une loi islamique où la liberté n'a pas une place majeure.  Le Judaïsme ne semble pas devoir être préoccupé par le devenir et la gouvernance de la communauté mondiale. Les religions orientales ne semblent pas non plus soucieuses de justice et de liberté, dans un projet de transformation de la communauté humaine.

 

II – QUELQUES QUESTIONS.

A propos de l'idéologie marxiste(-léniniste) et du matérialisme historique:

Le socialisme a échoué historiquement, dans son projet humaniste.  Les acquis sociaux obtenus, avec la problématique de la lutte des classes accompagnée du développement technologique de la société, ont abouti à l'embourgeoisement et à la quasi disparition de la classe et de la culture ouvrières dans la société contemporaine.

Le christianisme a aussi échoué historiquement dans son  programme de transformation sociale par la promotion d'une éthique de justice et de solidarité fraternelle. Globalement, les Églises chrétiennes se sont montrées davantage préoccupées de leurs intérêts institutionnels et de leur pouvoir moral et culturel que du message social apporté par l'Évangile de Jésus-Christ.

·         Une véritable antinomie est apparue entre le message évangélique de justice, de non-violence, ou de paix, et les contraintes liées à la conservation du pouvoir et à son exercice.

·         A propos de l'Islam et de l'islamisme: Le thème de la libération (justice et solidarité sociales, place des femmes dans la société …) paraît crucial dans les pays musulmans.  A cet égard le dialogue islamo-chrétien revêt une importance primordiale.

·         A propos de la revendication  identitaire ou nationale:

La revendication identitaire (nationale, religieuse ou culturelle) semble un obstacle majeur à une véritable libération sociale.

·         Israël qui s'affirme État juif en est un exemple par sa pratique d'une ségrégation sociale à l'égard des minorités non-juives présentes en son sein.

·         D'une façon générale, les notions de « peuple » et de « nation » se révèlent très ambigües et problématiques.  Elles s'accompagnent toujours de connotations religieuses, sociales ou culturelles inconciliables, réductrices et inégalitaires.  Ainsi du « peuple juif », de la « nation arabe », du « national socialisme », voire de telle « nation chrétienne ».

 

III – THEOLOGIE DE LA LIBERATION ET THEOLOGIE PALESTINIENNE.

Il est de fait qu'on ne parlerait pas de théologie de la libération en Palestine, s'il n'y avait pas déjà eu une théologie de la libération en Amérique latine. Mais la théologie palestinienne n'est-elle pas  radicalement différente de la théologie de la libération occidentale ?

-        Les outils de réflexion et ses références ne sont pas les mêmes. Notamment les théologiens palestiniens n'utilisent ni le vocabulaire, ni la problématique marxiste dans l'analyse de leur situation.

-        Les théologiens palestiniens sont nourris de traditions chrétiennes très différentes. Et loin de les remettre en question, ils se réclament de l'antique héritage des Églises orientales.

-        La théologie palestinienne fait preuve d'originalité par rapport aux courants théologiques d'Amérique latine.  Ils sont plus enracinés dans la tradition prophétique juive du Premier Testament et dans le message social des évangiles que dans la problématique conceptuelle marxiste de l'économie.

-        La théologie palestinienne de la libération fait une place majeure au thème de la Non-Violence.

 

-        Il faut aussi noter l’un des facteurs importants à l'origine d’une théologie palestinienne de la libération : la tendance des jeunes Chrétiens de Palestine à s’éloigner de l’Église et à rejeter l’enseignement de la Bible au motif qu’elle est utilisée par les Juifs pour justifier leur accaparement de la Palestine. Il s'est agi de leur montrer qu’il s’agit là d’une perversion du message biblique, et particulièrement évangélique, qui est annonce de libération et de justice.

 

-        En matière herméneutique, la théologie palestinienne qui s'élabore dans le vécu contextuel d'une situation violente, injuste et douloureuse, constitue un apport non négligeable à la relation des croyants avec le texte biblique, comme en matière de relation avec la tradition chrétienne. Elle tient compte de la diversité de l'élaboration des traditions, et du caractère relatif des condamnations réciproques survenues dans l'histoire.

 

-        En matière d'œcuménisme, la théologie palestinienne apporte une contribution notable à la mise en œuvre d'un témoignage commun, comme minorité dans une société non chrétienne.

 

-        En matière de dialogue inter-religieux, la théologie palestinienne apporte un éclairage spécifique du fait de ses relations avec les autres traditions monothéistes qui sont en situation dominante par rapport au christianisme, sur les plans du pouvoir social et politique.

 

-        Une question semble poindre: Ne faudrait-il pas qualifier différemment la théologie palestinienne, sans aucun esprit de reniement de son histoire (notamment, l'héritage des communautés de base) ?

 

IV -  POUR ALLER PLUS LOIN:   

 Le dernier numéro  (n° 58) de CORNERSTONE, revue trimestrielle de Sabeel-Jérusalem, qui sera bientôt traduit, apporte des réponses à certaines des questions posées ci-dessus, remet en cause certaines de nos conclusions, et ouvre des pistes nouvelles au sujet de la théologie de la libération palestinienne, notamment son apport en matière de dialogue inter-religieux. La réflexion continue. ADSF y a son rôle !  Dans notre pays, et en dialogue avec nos sœurs et frères de Palestine-Israël.

 

Tag(s) : #Foi

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