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Paru dans Rue 89

Une main a été tendue il y a quelques jours par monsieur Mélenchon dans le journal La Vie. Elle l'a été non aux « chrétiens de croisade » mais aux « chrétiens de saint Martin ».

C'est une belle expression qui nous honore et nous oblige. Nous saisissons cette main. Car nous sommes quelques-uns, et même beaucoup plus, à être de l'Eglise sans une seule seconde imaginer voter pour la droite, comme on dit que c'est le lot des catholiques de ce pays.

Nous sommes les chrétiens de saint Martin et nous sommes aux côtés de la gauche et même de la gauche radicale comme d'autres l'avaient été avant nous, Montalembert et Lacordaire, l'abbé Lemire et le Sillon, Charles Péguy et Témoignage Chrétien. Nous croyons que l'Evangile exige de nous un comportement moral individuel mais aussi un comportement politique.

« Nous luttons contre les forces de l'argent »

Nous sommes les chrétiens de saint Martin et nous voterons Mélenchon. Pourquoi ?

Car on a beau jeu de vitupérer les « excès du capitalisme » avec toutes les encycliques, encore faut-il réellement les combattre et tâcher d'extirper le mal à sa racine.

Car nous luttons contre les forces de l'argent, nous qui nous nous sommes donnés un autre maître.

Car nous voulons accueillir l'étranger, donner à manger à celui qui a faim et à boire à celui qui a soif.

La misère nous est une infamie et nous voulons non seulement partager notre propre manteau mais aussi que la société en fasse autant. On meurt de froid aujourd'hui en France.

Nous sommes les chrétiens de saint Martin et nous ne pouvons nous résoudre à voir la fille aînée de l'Eglise se jeter dans la marchandise comme un puritain dévergondé dans la pornographie. France, prends garde de perdre ton âme !

Un chrétien de saint Martin, un chrétien de saint François, un chrétien tout court essaie de tenir humblement, le moins mal possible, la place que le Christ ne manquerait pas de tenir s'il revenait aujourd'hui.

Pas la place d'un enfant de chœur ou d'un boy-scout, celle du Verbe qui s'est fait chair !

Le Christ nous enseigna que nous sommes tous égaux et frères, que nous devons aider les faibles et nous garder des richesses matérielles. Sa Parole est radicale, notre engagement doit l'être aussi.

« Quand les blés sont sous la grêle »

Evidemment, des divergences existent, parfois même un agacement à entendre, par exemple, la logorrhée combiste [l'anticléricalisme à la Combes, ndlr] qui peut encore avoir cours au sein de la gauche radicale.

Nous devons les dépasser. Nous sommes une chrétienté militante, une chrétienté de combat et nous devons lutter pour une société plus humaine, plus juste, plus fraternelle, en un mot plus évangélique.

Nous qui croyons au Ciel faisons front avec celui qui n'y croit pas car il est bien vrai que

« Quand les blés sont sous la grêle

Fou qui fait le délicat

Fou qui songe à ses querelles

Au cœur du commun combat. »

[extrait du poème d'Aragon « La Rose et le réséda », ndlr]

Au sortir de la seconde guerre mondiale, André Mandouze, spécialiste de saint Augustin, écrivait un article qu'il intitulait « Prendre la main tendue », celle des communistes aux chrétiens. Il y disait être « de l'Eglise, avec les communistes, dans le progressisme ».

Notre position à nous, chrétiens de saint Martin, est semblable. Nous soutenons monsieur Mélenchon. Pour que la Cité des hommes ressemble davantage à la Cité de Dieu.

 

Tag(s) : #Société

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