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15 août 2010: Fête de l'assomption. 60ème anniversaire de la promulgation du dogme de l'assomption de Marie.

 

C'est un point-clé de la différence entre catholicisme et protestantisme.

 

Textes évangéliques sur Marie.

Au fil des siècles, débuts du culte de Marie.

Développements:    - Marie mère de Dieu (431)

                            - virginité perpétuelle (553)

                            - immaculée conception (8.12.1854)

                                     - infaillibilité du pape 1870

                            - assomption de Marie (1950)

Ce dernier dogme est:

         - Le premier qui soit promulgué sous le régime de l'infaillibilité pontificale;

         - Comme la virginité perpétuelle et l'immaculée conception, il n'a aucun fondement dans la Bible.

 

Il témoigne

         - d'une progression dans la mise à part de Marie par rapport aux autres femmes, dans la mesure même où la femme est vue par le catholicisme comme l'origine du péché. (bien illustrée par la chanson d'Anne Sylvestre, "la faute à Ève");

         - d'une progressive prise de la place de Jésus par Marie dans le processus du salut de l'humanité (plus on regarde Jésus comme Dieu, plus on a besoin d'une créature terrestre hors normes pour nous élever au ciel!)

           

Texte du pape: "...Après avoir adressé à Dieu d'incessantes et suppliantes prières et invoqué les lumières de l'Esprit de vérité, pour la gloire du Dieu Tout-Puissant qui prodigua sa particulière bienveillance à la Vierge Marie, pour l'honneur de son Fils, Roi immortel des siècles et Vainqueur de la mort et du péché, pour accroître la gloire de son auguste mère et pour la joie et l'exultation de l'Église tout entière, par l'autorité de Notre Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux apôtres Pierre et Paul et par la Nôtre, Nous proclamons, déclarons er définissons que c'est un dogme divinement révélé que Marie, l'Immaculée Mère de Dieu toujours Vierge, à la fin du cours de sa vie terrestre, a été élevée en âme et en corps à la gloire céleste.

            C'est pourquoi, si quelqu'un – ce qu'à Dieu ne plaise – osait volontairement nier ou mettre en doute ce que Nous avons défini, qu'il sache qu'il a fait complètement défection dans la foi divine et catholique...

            Qu'il ne soit permis à qui que ce soit de détruire ou d'attaquer ou contredire par une audacieuse témérité, cet écrit de Notre déclaration, décision et définition. Si quelqu'un avait la prétention d'y attenter, qu'il sache qu'il encourrait l'indignation du Dieu Tout-Puissant et des bienheureux apôtres Pierre et Paul..."

 

Notre simple désir de fidélité à l'Évangile de Jésus-Christ nous oblige à encourir la malédiction de nos frères et soeurs catholiques romains.

 

Quoique... nombreux sont les catholiques romains qui, tout en confessant loyalement la foi de leur Église, restent étonnés, troublés, inquiets parfois en leur conscience, devant cette décision de leur chef infaillible. Beaucoup de catholiques fidèles croyaient avec respect à l'assomption de Marie sans donner à ce mystère trop de précision dogmatique.  Mieux eût valu que cette croyance commune fût restée libre, afin que fût permise une espérance plus tangible en l'unité future des Églises! Combien le rapprochement des chrétiens se trouve par là compromis, retardé!

 

Si le pape a promulgué ce dogme, c'est qu'il était persuadé que c'était la foi de l'Église: on voit là une grande différence avec le protestantisme, qui veut ne se laisser réformer que par la fidélité à l'Écriture, alors que l'Église catholique admet de nouvelles affirmations de foi. La promulgation a été précédée de milliers de lettres et de pétition, (mais aussi d'opposition) ce qui permet au pape de dire: "Ce singulier accord des évêques et des fidèles catholiques manifeste par lui-même et d'une façon tout à fait certaine  et exempte de toutes erreurs, que ce privilège est une vérité révélée par Dieu et contenue dans le dépôt divin". (Laissant la porte ouverte à de nouveaux développements!)

 

Pourtant cette foi en l'assomption de Marie n'est venue que très tard dans l'histoire de l'Église (rien d'explicite avant le 6ème siècle! et un développement à partir du 15ème siècle avec les considérations sentimentales de la religiosité la plus humaine).

 

Les Pères de l'Église: ils n'ont jamais exprimé ou cru l'assomption corporelle de Marie. Ni saint Justin ni saint Irénée (2ème siècle) qui voyaient en Marie la nouvelle Ève, ni Origène (3ème siècle) qui en a fait la mère des croyants, ni saint Ephrem (4ème siècle), moine, chantre de Marie, qui le premier soutient l'intercession efficace de la Vierge, ni saint Ambroise qui, très pieux envers la Vierge, exclut aussi tout idée de corédemption mariale, ni saint Augustin qui croit Marie exempte de toute faute actuelle (sans croire à l'Immaculée Conception), ni enfin saint Cyrille d'Alexandrie, le grand promoteur de "Marie mère de Dieu" à Éphèse (431), , et nous avons choisi les Pères de l'Église des quatre premiers siècles pouvant être considérés comme les plus explicites et prolixes sur le mystère de la Mère de Dieu.

 

Au contraire plus tard on peut citer des pages et des pages de textes bibliques qui, de manière très symbolique et tirée par les cheveux,  ont été attribués à une préfiguration de l'assomption de Marie. Aucune de ces spéculations n'apparaît raisonnable ni crédible, aux yeux mêmes des meilleurs théologiens catholiques.

 

Pour le protestantisme, l'interprétation mariale de certains textes bibliques signifiant ou annonçant le mystère de l'Église n'est possible pour nous que dans la mesure où Marie est membre du corps de l'Église, membre privilégié en tant que mère du Seigneur, mais simple chrétienne au rang de l'Église militante. Marie n'a rien que n'ait le plus humble fidèle, sinon le privilège éminent de sa maternité divine.

 

Comment peut-on imaginer que l'évangéliste Jean auquel Jésus crucifié confia sa mère qu'il prit chez lui, n'ait pas rapporté la mort merveilleuse de celle-ci et son assomption dont il ne pouvait être que le premier témoin? Si l'assomption était un fait historique certain dont les Apôtres ont eu connaissance et qu'ils ont cru, il n'est pas possible de penser que Jean, dont la pénétration du mystère de Marie et de son rôle est plus profonde que celle des autres auteurs bibliques, n'en ait pas laissé quelque indice dans son Évangile écrit après la date de la mort de Marie qui est survenue probablement vers l'an 50, vers l'âge de  70 à 75 ans. Il est clair que la doctrine de l'assomption n'appartient pas à la foi des apôtres.

 

Ce fut peut-être suite à une insistance trop grande sur la divinité de Jésus. Si Jésus n'est plus vrai Dieu et vrai homme, si on en fait surtout un Dieu, si sa résurrection et son ascension ne nous suffisent plus pour croire à notre propre salut, alors petit à petit Marie est exaltée à sa place comme médiatrice et co-rédemptrice. On trouve dans l'histoire de l'Église catholique des textes innombrables qui développent ce thème, de manière souvent uniquement sentimentale (ah, cette vision de la femme pécheresse qui appelle en contrepartie une idéalisation de Marie)... et non théologique.

 

Jean-Paul II, plus tard, a déjà un peu rectifié cette manière de voir:  "L'Assomption de Marie révèle la noblesse et la dignité du corps humain.
Devant les profanations et l'avilissement auxquels la société moderne soumet souvent, en particulier, le corps de la femme, le mystère de l'Assomption proclame le destin surnaturel et la dignité de tout corps humain, appelé par le Seigneur à devenir un instrument de sainteté et à participer à sa gloire.
Marie est entrée dans la gloire parce qu'elle a accueilli dans son sein virginal et dans son coeur le Fils de Dieu. En la regardant, le chrétien apprend à découvrir la valeur de son propre corps et à le garder comme un temple de Dieu, dans l'attente de la résurrection.
L'Assomption, privilège accordé à la Mère de Dieu, constitue ainsi une immense valeur pour la vie et le destin de l'humanité."

 

C'est Max Thurian, frère de Taizé devenu prêtre depuis et que j'ai cité abondamment, qui écrit en 1951: "Plus une âme catholique, même et surtout peut-être celle d'un prêtre, se recentre sur l'Évangile et sur la personne du Christ, plus elle s'éloigne non de Marie, mais d'une conception exagérée de Marie dans le salut et la vie spirituelle... Quand on pense au sens et à la valeur extraordinaires qu'auraient pu avoir pour le monde oecuménique la définition d'un autre dogme, fondé sur l'Écriture sainte, on ne peut pas ne pas s'attrister du manque d'opportunité de tant de démarches ecclésiastiques. Si le pape, au lieu de glorifier Marie, avait essayé d'achever le concile du Vatican (le premier bien sûr) et de rééquilibrer la doctrine de l'infaillibilité pontificale, par la définition du mystère de l'Église, des rapports de l'institution avec le corps du Christ, du péché et de la sainteté en elle! C'eût été un événement oecuménique riche de conséquences heureuses".

 

L'infaillibilité, 1870: c'est donc la première fois dans l'Église romaine qu'un pape définit infailliblement un dogme. Il est troublant, pour un esprit formé par l'Écriture sainte, de constater que cette infaillibilité est engagée pour cette première fois dans une doctrine qui n'a aucun fondement biblique valable, de l'aveu même des meilleurs théologiens catholiques, et dont la croyance est venue très tard dans l'histoire de l'Église.

 

Cela entraînera-t-il une remise en question de cette infaillibilité, ou au moins de la manière de la comprendre? Cela peut être notre espoir. Cette promulgation révèle de façon magistrale et significative jusqu'où ce pouvoir peut conduire l'Église romaine: jusqu'à l'affirmation d'une doctrine sans fondement historique. Dans la mesure où l'Assomption trouble, ce trouble de conscience va peut-être ramener la foi catholique à une humilité plus vraie, préparatrice de vraies réformes; conduire à plus d'humilité concernant l'infaillibilité de l'Église et du pape.

 

Protestants et catholiques: Le père Daniélou écrit: "C'est ultimement cette question de l'autorité de la tradition de l'Église qui sépare protestants et catholiques... Le Christ a confié son message non à un livre écrit par Lui, mais à une communauté vivante fondée par Lui et à qui Il a promis son assistance jusqu'à la fin des siècles... Si Jésus n'a pas écrit, c'est qu'il avait choisi un autre mode pour la transmission infaillible de son message. Tel est le fondement sur lequel s'appuie la définition (de l'Assomption)".

 

Pour le protestantisme, la tradition vivante, présente ou passée, peut être remise en question pour permettre une nouvelle lecture dirigée et disciplinée du document unique de la révélation, qui nous dit infailliblement qui est Jésus-Christ et quelle est la foi de l'Église apostolique. Ce n'est pas seulement une succession ininterrompue d'évêques, ni leur consensus unanime, qui l'assurera d'être vraiment l'Église fondée par Jésus-<Christ, mais c'est de se reconnaître, sous la direction de ses autorités, conforme à l'Église des Apôtres, à l'Église ancienne qui s'est elle-même reconnue fidèlement, telle qu'elle était sortie de la parole du Christ, dans l'Écriture du Nouveau Testament.

 

Cette critique ferme de la manière dont notre Église soeur définit ses dogmes, ne doit pas nous empêcher de nous poser les questions de la vitalité de notre propre foi: Où en sommes-nous

         - de notre propre foi en Jésus?

         - de notre propre conviction en notre église réformée toujours à réformer, et de notre pratique concrète en ce qui concerne le partage de la responsabilité?

         - de notre manière de vivre la vie communautaire, dans l'amour mutuel?

 

Digérons encore quelque temps encore ce que nous venons de vivre, et sans doute la fête de la Réformation, dans deux mois et demi, sera-t-elle l'occasion d'approfondir alors notre propre foi.

 

Que nos amis catholiques me pardonnent le thème et le contenu de cette prédication, mais ce jour du 15 août et ce soixantième anniversaire l'imposaient!

 

André Leenhardt

 


Tag(s) : #Eglise

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