Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

 

SORTIE DE PRISON

 

 Une petite porte s'ouvre dans le grand portail d'entrée réservé aux cars de police et aux camions de livraison. Michel est comme projeté sur le trottoir désert. A son épaule un sac dans lequel il a empilé rapidement vêtements et objets de toilette quand le surveillant a brusquement surgi sur le seuil de la cellule :

 Michel X, vous êtes libéré, préparez-vous !

Emotion intense, même quand s'y attend. C'est le choc ! Le cœur battant, on cache sa joie et sa hâte à cause des copains de cellule; on offre sa radio, ses provisions, ses produits d'entretien et de toilette. Et salut!

 

Vient le temps des formalités de sortie qui paraît interminable: remise des objets confisqués à l'entrée,  versement du pécule. Puis c'est le parcours fléché vers la sortie, une, deux, trois grilles avec contrôle de votre droit au passage et voici enfin la cour d'entrée.

 Terminée l'odeur étouffante de la cellule! Voici le dernier bruit agressif de serrure, le grincement libérateur de la lourde porte. Libre ! Michel ose  à peine remplir à fond ses  poumons.

 

Hier c’était la sortie de Pierre, truand multirécidiviste, bien rodé à la  prison et que rien n’intimide .Le long du trottoir voiture confortable ou taxi l’attend. Les copains-coquins sont là, et l’étreignent. Tout est prévu. Après un repos bien mérité («on a payé pour les complices selon le contrat) on reprendra d'autres affaires que les contacts en prison ont facilitées. Truand je suis, truand je reste !

 

Pour Michel c'est une autre histoire : douze années carcérales en trois étapes : maison d'arrêt puis deux centres de détention. Un temps mort durant lequel Michel s’est s'est comme endormi d'ennui, d dépersonnalisation, de retrait de la vie. Il y a beaucoup perdu : santé rongée par le manque d'exercice, la nourriture uniforme, la baisse de la vue faute d'éclairage et de restriction spatiale. Du temps gâché où il n'a fait qu'obéir aux ordres sans avoir à prendre la moindre initiative

 Il va falloir supporter la foule et la circulation intense, réapprendre à ouvrir ou fermer les portes, croiser le regard des gens, dominer son intense désir des femmes, parler librement à des inconnus.

Michel est amer et révolté. Il estime avoir été »massacré » par les Juges. C'était sa première affaire grave, une plongée irréfléchie dans la grande délinquance. Son avocat a bien tenté de dire son enfance, maltraitée, son adolescence méprisée, niée, bloquée dans des établissements sévères.

 Sa femme ne l'a pas soutenu et assisté, au-delà de trois ans. Ses deux enfants ont suivi leur mère dans l'abandon et n'ont plus écrit. A la sortie personne ne l'attend.

En prison il a butiné des possibilités d'évolution : les instituteurs, l’informatique, le sport, l'aumônier catholique ou protestant, au choix…et finalement un mauvais travail afin d’avoir un petit pécule.

 

Le Service social lui a fourni quelques adresses de foyers mais Michel tarde à s’y présenter car il rêve d’une liberté sans contrainte….Le foyer c’est la survie immédiate mais c’est la cohabitation avec d’autres « taulards », des éducateurs qu’on déteste vite et la « pression » pour que Michel cherche un travail, sous peine d’exclusion du foyer !

Et la « galère » continue : 1, 2,3, embauches pour des travaux pénibles et mal payés. Très vite repéré par ses compagnons de chantier, malmené par ses chefs, Michel se révolte et est licencié .La récidive est-elle inévitable ?

 

Non ! Enfin un bon boulot, une compagne, un logement, c’est une résurrection !

 

Qui nous enseignera la sagesse ? Peut-il y avoir de la sécurité pour les riches que nous sommes, sans JUSTICE SOCIALE ? Notre société est un appel constant à la consommation, à la convoitise. Les Tribunaux ne semblent connaître que l’élimination par l’emprisonnement. Nos prisons sont des pourrissoirs, des lieux de non-droit, qui poussent les délinquants à la révolte et à l’escalade dans la violence.

 

Il y a des exceptions. Il y a d’excellents éducateurs, de bons policiers, des magistrats humanistes, des chrétiens et des non-chrétiens bénévoles et efficaces.

Mais notre société, nos églises devraient entreprendre une réflexion de fond sur le pourquoi de la délinquance et sur son traitement.

Nous sommes non coupables mais responsables, Qu’en pensez-vous ?

                                                         Jean Hoibian        

                                      Ancien aumonier des prisons et de l’Arapej

 

 

 

 

 

 

 

Tag(s) : #Société

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :