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PENSEES AUTOMNALES

 

Entre deux averses je rejoins le jardin. Le gazon et tous les feuillages touchés par la baguette d’un court soleil brillent comme diamants de pacotille. En Drôme nous ne connaissons pas les couleurs rutilantes de l’automne des régions de l’est. La chaleur estivale stérilise les feuillages. Cette année, septembre est clément, mais dès les premiers froids les feuilles s’abandonneront à la mort. La mort, elle a marqué ma semaine avec le film « Amour ». Chacun pense à sa propre fin. Comment supporterai-je un jour, les humiliations de la pré-agonie ?

Mais je dois réagir ! la vie qui m’est accordée m’appelle à une survie fragile, mais libérée.100_1160.jpg

Les amis qui luttent contre leur cancer, du corps ou de l’esprit, je les ai remis ce matin, comme chaque jour entre les mains de tendresse de Dieu. Mais « hic et nunc », c’est le vivant jardin qui me mobilise. 

« En avant «  dit Chouraqui pour célébrer le bonheur du croyant. Je décroche ma grande scie et sur le vieux chevalet je tranche ces grosses branches élaguées par le jardinier. C’est mon plaisir ! Merci mon Dieu de pouvoir m’obliger à cet effort corporel. Je ne peux plus jardiner car me baisser c’est tomber de vertige. Mais débiter du bois pour l’hiver qui vient, je peux, et c’est du bonheur !

Comme mon souffle est court, je prends de petites pauses.

 

 Et je pense à ce vieux questionnement qui tourmente l’Eglise : comment transmettre la « bonne nouvelle », aujourd’hui, à ceux très nombreux qui n’ont ni faim, ni soif, de ce qui pour nous, est essentiel .

Est-il possible de dire la foi chrétienne dans notre société ?

 

Première précaution : s’agit-il de dire la foi chrétienne ou de la vivre ? Le schéma est connu : l’homme d’aujourd’hui est fils de Thomas l’incrédule. Il n’adhère à aucune vérité, sans preuve. « paroles, paroles.. ». Nous vivons fatigués d’entendre en permanence un flot de promesses, de publicités, d’infos mensongères, d’appels à la consommation. Nous en sommes à la fois friands et dégoûtés. Alors quand l’occasion nous est fournie d’entendre parler de convictions religieuses nous cliquons et passons au mail suivant.

 Mais si nous constatons qu’une action sociale courageuse s’exécute, nous ouvrons un œil de respect. Tiens, tiens, il n’y a pas que des salauds en ce monde ! et nous notons mentalement le nom de l’ONG qui informe : Emmaüs, Armée du salut, Restos du cœur, Entraide protestante, etc. Mais à priori, rien ne distingue l’action chrétienne, de la laïque.

Le passage du constat de l’action bonne à la curiosité des motivations d’ordre religieux, n’est donc qu’exceptionnel. L’athée n’est pas curieux. Et d’ailleurs le chrétien militant n’a souvent nulle intention de prosélytisme. Il agit, persuadé de la justesse de son engagement. Il n’attache d’importance, ni à la louange, ni à la critique. Ainsi de part et d’autre, tout cohabite dans l’indifférence.

 

Retour en arrière : j’ai démarré ma vie pastorale dans le témoignage. Etudiant en théologie, je rejoignais dans les quartiers populaires de St Ouen, les pasteurs Roser et Rognon. Le petit peuple de disciples était convié à « annoncer la bonne nouvelle ». Nous chantions au pied des immeubles, puis grimpions les étages pour distribuer des évangiles et de petits tracts pieux.

 

Nommé pasteur à Aubervilliers je croyais à cette mission

urgente : annoncer l’Evangile, prêcher la conversion. Je dois dire avec le recul, que les méthodes naïves de l’époque, connaissaient quelques succès. Des adultes, des jeunes, assistaient à nos pauvres réunions, et décidaient de devenir Chrétiens. Etaient-ce de vraies conversions ? En réalité,il y avait toujours la naissance d’une ouverture à la foi, à partir d’un événement précis :

Un homme alcoolique cessait de boire à partir d’un appel de la Croix-bleue, des familles envoyaient leurs enfants à notre colonie de vacances, et au retour les gosses traduisaient l’influence reçue, en chants, en histoires bibliques. Et toute une famille nous rejoignait au Foyer pour trouver une espérance, un peu de joie, un accueil chaleureux, et parfois quelques conseils utiles. Par ces contacts au ras des pâquerettes, la Grâce de Dieu suppléait à nos faiblesses. A l’inverse de ce que j’avais vécu dans ma grosse paroisse d’origine, le monde était présent dans la vie de tous les jours, et s’imposait dans nos pensées (et nos prières) : grèves, licenciements, défilés de gauche, expulsions locatives, épidémies, maladies, brutalités familiales, divorces, réunions syndicales...

Il n’y avait pas d’un côté, une paroisse, genre de secte chaleureuse, au comportement assagi et de bonne réputation ; et de l’autre un poste d’évangélisation aux réactions mal pensantes et inquiétantes . Non ! tout était mélangé et nourrissait notre idéologie évangélique, militante.

Nous tentions de répondre par la présence et le partage, aux besoins journaliers d’une population ouvrière spécifique. Tous savaient que nous étions des « fous de Dieu ».Ils nous aimaient, nous les aimions.

 

Certes nous n’avions guère les moyens de « penser intellectuellement notre action ». Ma théologie de l’époque était sommaire : Il fallait vivre de « la  bonne nouvelle » annoncée par Jésus : nous ne sommes pas seuls dans ce monde de m…Dieu nous pardonne et nous aime. Ainsi est née la petite paroisse d’Aubervilliers, minuscule îlot dans cette grande ville de banlieue sinistrée.

 

Question : pourquoi avions-nous l’impression d’une soif de vérité dans la population ? alors que plus tard, et surtout aujourd’hui, la transmission de la foi se heurte à une indifférence paralysante ?

UN sociologue analyserait sans doute cette évolution comme liée à un bien-être économique, qui a poussé nos contemporains à une mentalité de consommateurs, de jouisseurs, stérilisant les besoins spirituels, au profit des idoles modernes : l’argent, la réussite, le pouvoir, le petit bonheur tranquille, les loisirs, l’égocentrisme ?

 

Mais alors, aujourd’hui, dans notre pays endetté, où des millions de gens connaissent la misère, dans un monde en ébullition qui refuse l’injustice, le mépris de l’Occident, ne se lèvera-t-il pas une réflexion, une soif de transcendance, chez les nantis, et chez les humiliés, pour retrouver, découvrir le sens caché de l’existence humaine ? Que cache cette apparente indifférence du voisin, du membre de ma famille, au regard de notre conviction profonde, sinon notre incapacité à dire clairement notre attachement au Dieu-père, et au Fils de l’homme, notre frère ?

 

Toutes les églises chrétiennes inquiètes par les vides ouverts dans leurs assemblées ,cherchent et tentent des solutions.

 Certains slogans se pérennisent :

-plutôt vivre l’Evangile que d’en parler

-se souvenir qu’on ne transmet pas la foi. Elle naît d’elle-même librement dans un esprit libre

-Nécessité de réformer la vie des paroisses : simplification des rituels et des liturgies, actualisation de toutes les prédications et de toutes les prières, organisation de débats inter-paroisse et extra-paroisses sur le contenu de notre foi, sur le sens que nous donnons à la vie.

-Présence au monde, non seulement par des actions sociales, mais par une réflexion permanente et ouverte sur ce que peut être un soutien du « politique », mais aussi sur une attitude chrétienne individuelle à contre-courant, afin que les croyants refusent chaque jour les comportements négatifs, imbéciles, à l’égard des fausses valeurs de notre temps.

-Ne pas attendre et espérer que les humains de ce siècle viendront à l’Evangile, par peur de la mort, du jugement dernier et autres fadaises.

-Les approcher dans une attitude humble et respectueuse. Se méfier de notre esprit de jugement moral qui oublie la liberté de l’Evangile.

-Chercher avec les athées les raisons de vivre, les bons chemins pour se réaliser, sans empiéter sur le bonheur des autres.

-Avec tous les penseurs, imaginer des chemins nouveaux pour une humanité unie, pratiquant la justice, la solidarité, et la paix.

 

-Hors d’une immersion des chrétiens dans le monde, chacun selon ses moyens, pas de nouvelles Eglises !

 

Dieu aime tellement le monde qu’il a suscité un prophète unique et fraternel ,chargé d’inaugurer un monde nouveau.

 

Le 29 octobre 12                     Jean  Hoibian

 

 

 

Tag(s) : #Eglise

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