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PAROISSE DE RELIGION OU COMMUNAUTE DE T100 1983EMOINS ? 

 

Fiction ? rêve ? d’un chercheur de Dieu

 

Voilà trois jours qu’il marchait dans la ville, souffrant du bruit et des odeurs,

constamment bousculé par des gens pressés.Il n’était plus très jeune, sans pourtant s’approcher du temps de la retraite.

 

Il avait l’impression pénible d’être accablé de soucis. Pourtant il avait dans une autre localité un travail, un toit, une femme, des enfants.

Des raisons professionnelles l’avaient amené dans cette ville de moyenne importance.Les rendez-vous prévus avaient été reportés. Fallait-il repartir pour revenir plus tard ? Le courage lui avait soudain manqué.

 

 Ayant averti son épouse de son changement de programme, il était soudainement entré dans une méditation profonde sur lui-même, sur sa famille, sur sa profession et sur la société dans laquelle, sans l’avoir voulu, il était immergé.

L’impression dominante était qu’il ne maîtrisait rien. Son existence lui apparaissait comme téléguidée par le hasard. Pourquoi ce malaise ? Pourquoi l’appétit de vivre l’avait-il quitté ?

 

« vous qui êtes fatigués et chargés ».Ces mots avaient surgi dans sa mémoire. Il avait fréquenté jadis un temple protestant, reçu même dans son enfance une instruction religieuse. Mais, comme beaucoup, il avait tout lâché.

 

 Déménagement,mariage,enfants,tensions professionnelles et politiques. Assister à un office religieux lui avait peu à peu apparu comme inutile, sans saveur, étranger à sa vie quotidienne. Son épouse avait résisté quelques années à l’indifférence de son mari, car elle pensait indispensable que leurs trois enfants reçoivent une information sur le christianisme.Puis,elle aussi, elle avait déserté la paroisse de leur ville.

 

Il venait d’atteindre un quartier périphérique quand il découvrit sur le mur d’une construction banale, une pancarte insolite : « Assemblée de ceux qui sont appelés »(1). De suite il pensa à une secte et décida de poursuivre son chemin. Mais la porte entr’ouverte et le silence qui régnait dans ce lieu l’intrigua. C’était dimanche aujourd’hui, alors, pas de musique, pas de chants,pas de paroles religieuses ?

 

Il entra dans la salle, à pas de loup, comme un voleur, et il découvrit un spectacle plutôt sympathique.

Une vingtaine de tables basses garnissaient la salle décorée d’une tapisserie agréable. Assis autour de ces guéridons de six places des femmes, des hommes,semblaient dormir tant ils restaient immobiles.

 

 Lentement,silencieusement,l’homme aux mille soucis s’assit. Le siége, un fauteuil en osier garni de coussins, était confortable.Jetant un regard furtif sur ses voisins, il s’aperçu que certains avaient les yeux fermés. Priaient-ils ? d’autres semblaient méditer le regard absorbé par des pensées intérieures.Leur visage reflétait paix et sérénité. S’agissait-il d’une rencontre de sourds-muets ? Brusquement une femme se leva un livre à la main. Elle lut d’une voix claire un texte biblique, puis se rassit.

 

Après une douzaine de minutes, la salle s’anima : plusieurs dirent avec simplicité leur réflexion sur le texte entendu. L’homme se prit à réfléchir avec plaisir aux propos qui s’échangeaient.

 

Puis à nouveau, ce fut le silence. Qu’il était bienfaisant ce silence ! comme il remplissait l’esprit plus que le tumulte d’une foule. L’homme sentit les paroles lues, rafraîchir son cœur desséché.

 Son voisin se mit à chanter un chant très doux, dont le refrain fut repris en cœur par la plupart des assistants.

 

Enfin l’assemblée entière évoqua,chacun à son tour, des problèmes de la vie politique qui semblaient tous les préoccuper à des titres divers. L’homme entendit : banlieues,racisme, discrimination, chômage, recherche de logement.La réunion se termina tranquillement après que quelques-uns eurent rappelé plusieurs réunions religieuses ou politiques devant se tenir dans le semaine.

Dans une ambiance fraternelle les gens se saluèrent, échangèrent des nouvelles et l’homme ne fut pas oublié ! On le questionna sur les raisons de sa visite en ce lieu étrange à ses yeux, et on l’invita chaleureusement à revenir, s’il en avait envie.

 

Le lendemain l’homme eut ses entretiens professionnels. Il tint son rôle avec sérieux mais sans cesse il se questionna sur le sens de son métier. A quoi tout cela servait-il, sinon à lui assurer un salaire confortable ?. Mais sa vie lui apparaissait terne et usante. L’assemblée des »appelés » l’avait mis en appétit. Il enviait ces gens calmes, résolus, engagés.

 

De retour chez lui, il mis sa compagne au courant. Il était si enthousiaste qu’elle promis de faire le voyage avec lui le dimanche suivant.Ce n’était guère loin : une vingtaine de kilomètres.

Même silence aux abords de la banale salle de réunions.Ils s’assirent et entrèrent dans ce silence riche en présences invisibles. La femme tenait la main de son compagnon. Ils étaient bien. Tout un passé remontait à la surface : leur couple, leurs enfants, la vie lourde et superficielle, l’abandon apparent de la foi, leurs écoeurements devant un monde gangrené par l’argent et le pouvoir.

Un homme âgé rompit le silence et dit : « nous allons partager le repas de Jésus. Réjouissons-nous d’être invités à la table de celui que Dieu n’a pas laissé s’engloutir dans la mort. Ayant lutté jusqu’au bout pour poser les fondements d’un nouveau monde, il nous a libéré de nos lâchetés et de nos peurs. Il est là, au cœur de nos vies renouvelées, bien vivant dans ce monde où  nous sommes appelés au témoignage en paroles et en actes.

Ce vin et ce pain sont boisson et nourriture des hommes. Ils sont signes de notre filiation avec le Christ-Jésus,notre frère. 

 

Buvons au nouveau monde de Dieu ! » 


 

Ainsi débuta, chacun levant son verre, un repas fort joyeux,les vivres apportés par chacun ayant été partagés.Quel étonnement pour nos deux amis ! Ils assistèrent ensuite et participèrent à un débat général sur un sujet fixé à l’avance, et sur lequel chacun avait réfléchi.

 

Ce dimanche on analysait le phénomène de la discrimination.Comment s’opposer à des expulsions abusives d’étrangers, en liaison avec une association ; qui pouvait représenter l’assemblée à telle réunion publique sur le sujet ? pouvait-on envisager de loger clandestinement une femme et ses deux enfants, tout en poursuivant les démarches en Préfecture.

 Notre ami et sa compagne se sentaient bien dans cette étrange église. Chacun y avait sa place, pas de liturgie contraignante, pas de debouts ! assis !, pas de longue prédication souvent fastidieuse, pas de cachotteries dans l’organisation, pas de conseil presbytéral( plutôt d’administration !),un pasteur certes, mais surtout spécialiste en exégèse biblique et en théologie comparée. L’accompagnement des membres malades ou en souffrance : réparti entre tous.

 En somme une église vraiment démocratique !

 

De dimanche en dimanche, nos amis découvrirent la vie intense de cette communauté. On y exprimait franchement ses désaccords, on riait beaucoup, on ne s’ennuyait pas.

On se donnait rendez-vous au cinéma, au théâtre, au concert. Le pasteur, fou de clarinette, avait créé un petit orchestre de jazz !

 

Et tout naturellement, on invitait des musulmans, des juifs, des catholiques, à venir exposer leurs convictions.Avec plusieurs de ces croyants d’autres dénominations, on se retrouvait comme militants dans le politico social, ou ils avaient d’excellents amis athées.

Ah ! quel rayonnement contagieux ! quelle richesse cette amitié offerte à tous ! quelle possibilité de retrouver le cœur de l’évangile loin du « corset » de la religion !

L’homme marche dans la ville, les yeux grands ouverts. Au cœur de sa vie, mystérieusement incrusté, se tient Jésus de Nazareth.

 

 L’homme va-t-il chercher un autre emploi plus épanouissant ? Vont-ils déménager et s’installer dans la localité des « appelés » ? Peut-être…peut-être.. ? Pourquoi ne pas demander conseil aux amis ?

L’essentiel est de prolonger la paix et la joie retrouvées dans une vie engagée, heureuse, libre, avec sa compagne, ses enfants, ses amis, et…..son chat nommé « esperanza .

                                           Jean HOIBIAN                  

 

Lecteur, si tu as eu la patience de lire jusqu’au bout, tu comprendras qu’il s’agit d’un délire utopique. Mais est-il défendu de rêver ?

(1) il s’agit de la traduction du mot grec ecclésia.                         

Tag(s) : #La vie tout court

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