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DES  PRISONS

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La prison : c’est la sanction traditionnellement inscrite dans l’inconscient des Magistrats.
Chargé de défendre la Société, le Juge a souvent un réflexe de rejet vis-à-vis du coupable. Il s’agit de surveiller le délinquant et de le punir (cf Michel Foucault)

La sanction préférée par les Juges et par le grand public, est la privation de liberté : la prison (« le trou »).

 

Avant 1789, on punissait le coupable, ou l’ennemi capturé, par la torture et la mort cruelle. Le cachot n’était que la « salle d’attente ».

Contre une rançon l’ennemi était libéré. Le coupable ordinaire était exécuté, après avoir été soumis « à la question » (tortures diverses).

Les révolutionnaires français ont voulu abolir les châtiments corporels. Et, prônant la Liberté comme le plus grand des biens, ils ont institués la peine d’emprisonnement, de courte ou de longue durée .

 

La privation de liberté peut conduire à la folie ou au suicide.

C’est une sanction très dure à supporter. Elle semble bien correspondre au désir de vengeance de chacun de nous, que nous soyons victimes, ou craignant de l’être un jour…

 

Le « présumé coupable » est très souvent incarcéré et placé dans une Maison d’arrêt, alors que la loi considère cette sanction comme ne devant être appliquée qu’exceptionnellement.

Dans des prisons sur-occupées (maisons d’arrêt), la personne soupçonnée, va  devoir attendre des mois, voire des années, le jugement, qui décidera de son sort (maintien en prison ou non)

La sanction-prison (détention provisoire ou définitive) ne se justifie que lorsque le délit est grave (crime, assassinat, viol, actes de violence, terrorisme.

Il vaudrait mieux laisser en liberté surveillée (contrôle judiciaire, bracelet électronique, etc..) les escrocs, les voleurs, les « patrons-voyous », en leur faisant obligation de travailler pour indemniser leurs victimes !

Car la prison est un échec retentissant :

-       la très grande souffrance que représente la privation de liberté, fait naître chez le détenu un réflexe de vengeance

-       plus de 60% des détenus libérés récidivent,( à l’inverse, pour les auteurs de crimes de sang et de délits sexuels, la récidive n’est que de 1%)

-       l’emprisonnement des « délinquants » coûte très cher aux contribuables

-       la promiscuité imposée, la « contagion » morale, la violence dans les cellules ou dans les cours de promenade, l’absence d’hygiène , tout concourt à la dégradation de citoyens, coupables, sans doute, mais appelés à réintégrer un jour la société.

-        Dans quel état sortiront-ils ? qui les accueillera ?, leur fournira un travail ?, les aidera à « s’insérer » dans la vie ?

-       Il s’agit bien d’un gâchis humain . Un grand nombre des personnes emprisonnées sont jeunes et proviennent de milieux familiaux et sociaux défavorisés. (« un spécialiste a dit : » il y a des enfants qui viennent au monde, avec un bulletin d’écrou dans leur berceau !)

Depuis l’origine, les pouvoirs publics sont conscients de l’échec de la sanction-prison. Beaucoup de choses ont été tentées (et parfois réalisées) pour améliorer les conditions matérielles de l’emprisonnement, et surtout pour préparer la réinsertion des sortants

(instituteurs, éducateurs animateurs sportifs, psychologues, rémunérés par l’Administration pénitentiaire ), visiteurs, aumôniers, enseignants par correspondance (bénévoles)

La surpopulation carcérale est scandaleuse ! Tous les 4  ou 5 ans une Commission Parlementaire inspecte les prisons et préconise une transformation complète du système (surtout dans les Maisons d’arrêt). On tombe d’accord pour déclarer la France très au-dessous du niveau Européen. Mais rien ne bouge !

Pourtant la prison a une double mission : tenir enfermés ceux que la Justice a condamnés, mais aussi PREPARER L’INSERTION DES DETENUS A LA FIN DE LEUR PEINE.

Voilà où le bât blesse ! Pour obtenir de bons résultats, il faudrait un grand nombre d’intervenants qualifiés (y compris certains surveillants) pour aider les prisonniers à comprendre ce qui les a amenés à enfreindre les lois, pour une découverte de leur lien avec la Société, pour « se réinventer » une autre personnalité, un autre sens de l’existence. Tous les intervenants en milieu carcéral constatent combien les détenus (en particulier les moins de 35 ans) sont « perdus », immatures, sans stabilité psychologique.

La prison les enfonce dans une posture infantile. Le Contrôleur général des prisons vient de réclamer l’application de la loi qui prévoit qu’un travail doit être proposé à tous les condamnés à plus de cinq ans.

 Toute initiative leur est interdite.

Au bout de plus de 5 ans, ils risquent d’être devenus des « robots », qui ne savent même plus ouvrir une porte.

Sauf, si des gens les accompagnent durant l’incarcération, les écoutent, les invitent à se raconter, leur font prendre conscience de la nécessité de respecter les Lois sans lesquelles aucune vie en société n’est possible, leur proposent une formation élémentaire pour se comprendre soi-même et se projeter vers un avenir.

Certaines Nations font cet effort (en particulier les pays du Nord de l’Europe). C’est une très lourde dépense ! Mais la récupération d’une bonne partie des 100.000 hommes qui sortent chaque année de prison, n’est-elle à considérer qu’en termes financiers ?

La récidive et ses victimes, le sentiment d’insécurité, le coût des forces de police, s’ajoutant au gâchis humain, ne sont-ils pas à prendre en considération ?

Le Gouvernement et le Parlement français auront-ils un  jour le courage de voter les crédits nécessaires pour que nos prisons cessent d’être des « pourrissoirs », des lieux de souffrance et de désespoir inutiles ?

 Et nous, citoyens prétendus honnêtes, quand extirperons-nous de nos consciences la loi du Talion, le désir sadique de vengeance, pour une conception sereine d’une Justice défendant le Code Moral et

défendant les Victimes ?

Puisqu’il faut punir agissons avec justice et fermeté, mais sans stigmatiser celui qui s’est fourvoyé dans l’erreur et la faute. Il reste un homme comme vous et moi. Non ?

 

   Jean HOIBIAN, ancien aumônier des prisons, région parisienne, ancien contrôleur judiciaire, ancien médiateur pénal

(Une bonne adresse pour renseignements : FARAPEJ :01 55 25 23 75)

 

 

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Tag(s) : #Société

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