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Les défis de l’accueil de l’étranger

 aout-2012 0835

Ces dernières années, les discours sur l’asile et l’immigration se résument souvent à : « la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde… »Or cette citation de la célèbre phrase de Michel Rocard prononcée en 1990 est in complète. Elle se poursuivait ainsi :  « …mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part ».

 

Ce découpage n’est pas le fruit du hasard : il sert l’instrumentalisation politique de la thématique de l’immigration, thématique qui trouve un terreau favorable dans le contexte de crise économique et sociale actuelle.

 

Au même moment, à l’extérieur des frontières européennes, les famines, les guerres, les persécutions de minorités et les bouleversements écologiques provoquent une augmentation des personnes en exil, seules ou en famille.

 

Mais il faut noter également l’attachement des personnes, quelle que soit leur origine géographique, à une plus grande liberté de circulation, dans un monde globalisé et en mouvement. En effet, comment ne pas accorder à tous la liberté de circuler alors que nous sommes de plus en plus nombreux à profiter de la mobilité permise par la mondialisation ?

 

Une vision logistique et comptable

 

S’inspirant davantage de la logistique que du droit, les pouvoirs publics européens et français pensent en termes de « gestion des flux migratoires ». Puisqu’il s’agit de maîtriser des « flux », l’Union Européenne (UE) a bâti une forteresse à ses frontières extérieures, mis en place une stratégie pour contenir l’arrivée de migrants, sans considération du droit d’asile, des témoignages de ces personnes exilées, de la légitimité de leur migration. En France, c’est la politique du chiffre : les pouvoirs publics doivent remplir des quotas d’expulsion, toujours plus élevés d’année en année. En passant sous silence qu’il est question d’êtres humains. Il est inévitable que soient lésés les droits fondamentaux des migrants. Les migrants sont des êtres humains, non des marchandises ou des numéros.

 

Des conséquences inacceptables

 

Cette politique logisticienne de l’asile et de l’immigration crée des situations humainement désastreuses : l’Union européenne a mis en place un contrôle à ses frontières dans le seul but de refouler les migrants, sans considération ni de leurs droits fondamentaux ni des exigences humanitaires qui s’imposent ; du seul fait de ne pas être « en règle », ils se retrouvent enfermés dans des centres de rétention à l’extérieur comme à l’intérieur de l’UE ; l’administration française crée des sans-papiers en ne renouvelant plus les titres de séjour ; leurs droits politiques (le droit d’asile, le droit à une protection judiciaire, etc.) et sociaux (aide médicale d’état, durcissement de l’accès à la carte de santé, etc.) sont fragilisés sur fond d’instrumentalisation politique et de crise économique. 

 

Tout cela doit cesser : les personnes extrêmement vulnérables que sont la plus grande partie des immigrants ne doivent plus être stigmatisés, mais elles doivent, au contraire, être protégées.

 

L’acharnement de l’administration française à leur égard va jusqu’à priver les plus précaires d’entre eux de la solidarité, d’un hébergement d’urgence, d’une aide alimentaire…Et lorsque la solidarité vis-à-vis des sans-papiers fait l’objet de condamnations pénales, c’est l’Etat de fait, qui cautionne la non-assistance à personne en danger.

 

Restaurer la justice

 

Les responsables politiques doivent arrêter de traiter les migrants comme des marchandises. Si l’Etat est souverain en ce qui concerne les politiques d’accueil, les migrants ont des droits fondamentaux, non négociables. Pour cela,  la rencontre, l’écoute et l’analyse de chaque situation individuelle doivent prendre le pas sur la politique du chiffre. Ce qui motive les migrants à quitter leur pays pour venir séjourner ou s’installer dans le nôtre ne peut être étudié qu’au cas par cas, dans le respect des conventions internationales ratifiées par la France dont la Convention de Genève, et avant tout dans le respect de la dignité des personnes.

 

Cette dignité doit trouver son expression dans l’affirmation d’un réel service public de l’accueil des migrants et la redéfinition de règles légales protégeant le droit de vivre en famille, le droit d’asile, et instaurant un droit au travail pour les demandeurs. Le corollaire est de respecter leur parole : on ne peut partir du postulat que ces migrants sont des fraudeurs ou des menteurs. La bonne foi doit être présumée et le respect assuré.

 

Car la suspicion, expression de la peur de l’autre, ne peut mener qu’au repli sur soi et la dévaluation des principes éthiques du pays d’accueil au profit de l’égoïsme : nous devons, au contraire, conformément à nos principes d’hospitalité et de solidarité, fidèlement prendre notre part à la misère du monde d’autant que, bien évidemment, cette « misère » se transforme souvent en richesses de toutes sortes.

 

Nicolas DEROBERT, responsable de la communication à la Fédération de l’Entraide Protestante

Tag(s) : #Société

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