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17 juillet 2013

Les changements de paradigme du christianisme.100 1620

 

Ou, comment de Copernic à Galilée, en passant par Darwin, en venir au mariage pour tous.

 

Un paradigme est une façon de comprendre un ensemble. Un paradigme est la manière dont s’articule la constellation de la totalité des particules qui composent un tout. L’histoire de l’astronomie nous procure une brillante démonstration de qui arrive quand il y a un changement de paradigme. Au quinzième siècle, le système de Ptolémée était en place depuis plus de quinze siècles. Dans l’esprit de tous, la terre était placée au centre de l’univers et le soleil tournait autour d’elle. Voici que Copernic, un moine polonais, publie en 1543 un livre qui explique que c’est l’inverse. C’est le soleil qui est au centre du monde et non la terre. C’est la terre qui tourne autour du soleil. Tous les éléments du puzzle sont bien là. Mais ce qui change du tout au tout, c’est la façon dont s’organisent les éléments du puzzle. Copernic a fait changer de paradigme. La compréhension que l’on avait du mouvement des planètes est totalement modifiée. L’Église catholique a mis quatre siècles pour admettre qu’il fallait changer de paradigme. Elle avait condamné Galilée qui avait repris à son compte l’idée de Copernic et ce n’est qu’au vingtième siècle qu’elle a réhabilité Galilée.

C’est avec Darwin que l’Église a du changer encore une fois de paradigme. Darwin avait scandalisé en son temps  l’opinion en affirmant au dix-neuvième siècle que « l’homme descend du singe ». L’idée neuve était que l’espèce humaine appartenait au monde animal. Des espèces naissent. D’autres meurent. Certaines évoluent. Le hasard et la sélection permettent d’explique l’évolution. Toutes les espèces humaines ont évolué au cours du temps à partir d’un ou de quelques ancêtres communs grâce à la sélection naturelle. Cela modifiait du tout au tout la conception que l’on avait du monde. L’idée qui prédominait, pour les chrétiens, était que Dieu avait créé le monde en six jours. Il avait créé l’homme et la femme et toutes les espèces animales telles que nous les voyons aujourd’hui. La découverte de Darwin mettait par terre tout ce que les prêtres et les pasteurs racontaient depuis toujours. Beaucoup de chrétiens, en particulier les évangéliques américains, pensent encore maintenant que Darwin disait des bêtises. Ils s’en tiennent encore à une lecture fondamentaliste des Écritures. Tout ce que dit la Bible, pensent-ils, est à prendre à la lettre. La plupart des musulmans ont exactement la même attitude. Comme il est dit dans le Coran qu’Adam a été créé à partir de l’argile, on n’apprend pas la théorie de l’évolution en pays musulman. L’interprétation y est interdite. Croire tout en considérant que Darwin avait raison, oblige à changer là encore de paradigme. Ce ne sera que vers 1930 que les hypothèses de Darwin seront prises au sérieux par la communauté scientifique. Il n’ya donc pas que l’Église qui aurait des difficultés à changer de paradigme.

Enfin  c’est à la fin du vingtième siècle que l’on a encore une fois commencé à changer de paradigme en ce qui concerne la vision que l’on avait de la femme et du mariage. Ce sont les découvertes de la biologie qui ont été le déclencheur. Quand en 1981 naquit le premier bébé éprouvette, il y avait déjà une dizaine d’années que les biologistes avaient mis au point la pilule. L’Assistance Médicale à la Procréation permet à des couples stériles de parvenir à avoir des enfants. En 1994 parurent en France les premières lois de bioéthique. Ces découvertes ont commencé à modifier en profondeur la vision que l’on avait du couple. La science est parvenue à contrôler l’origine de la vie et à manipuler le vivant. Se met alors en place une révolution de notre rapport au monde, à la nature et à nous-mêmes. L’Église pensait que l’ordre de la nature était immuable. Elle est donc aujourd’hui dans le trouble. L’idée qui prévalait était celle de Linné, un naturaliste mort en 1778. Il est considéré comme l’un des pères de l’écologie moderne. Mais il pensait que le Créateur tout puissant avait imposé à ses créatures une loi de reproduction et de multiplication dans les limites de leurs espèces. Darwin n’avait pas encore bouleversé cette vision des choses. L’Église en est restée à Linné. Elle affirme encore que la Nature est un ordre immuable. Or les lois de Nature n’interviennent pas. Ce sont les lois du hasard et de la nécessité qui s’imposent.

L’Église fonctionne encore en se référant fidèlement au schéma tripartite indo-européen. Dans cette mythologie, il y a les cieux tout en haut. Au milieu se situe le pouvoir politique avec la force armée. Tout en bas, nous avons les forces productives : les commerçants, les agriculteurs, les éleveurs, les artisans et…les femmes fécondes. La caste des prêtres médiatise les relations entre les dieux et le peuple. En haut par conséquent se trouve le domaine de la pureté, et en bas le monde des sueurs, des excréments, des pertes de sang. Bref ! Le monde de l’impur. La sexualité est impure. La différenciation des sexes est de l’ordre de la nature. L’ordre naturel est inscrit dans le corps des femmes. La différenciation des sexes justifie la supériorité de l’homme. Le père est incarnation d’une puissance spirituelle qui transcende la chair. Comme l’explique Elisabeth Roudinesco, le père est malgré tout une réalité corporelle, soumise aux lois de la nature. « En conséquence, la paternité ne découle plus comme en droit romain, de la volonté d’un homme, mais de celle de Dieu qui a créé Adam pour créer une descendance. Seul est déclaré père celui qui se soumet à la légitimité sacrée du mariage sans lequel aucune famille n’a droit de cité »…  « L’ordre de la procréation doit respecter l’ordre du monde. Pénétrée par l’homme allongé au-dessus d’elle, la femme occupe sa place véritable ».

Ainsi pour l’Église catholique, l’accès de la femme à l’autonomie menace la différenciation des sexes posée comme étant de l’ordre de la nature.  Sa certitude est que la nature a fait hommes et femmes différents et complémentaires. De plus elle les a faits inégaux. La famille conjugale, base de la société, est l’entité idéale qui permet à deux moitiés incomplètes de mutualiser leurs ressources pour parvenir à un tout parfait. Maintenir des limites à l’autonomie féminine, c’est maintenir la soumission de l’humanité à Dieu et donc à l’Église.

Ce magnifique schéma s’est effondré, dénoncé par la réalité. L’Église tient un discours totalement déphasé par rapport au monde d’aujourd’hui. Elle pourrait dénoncer le mariage pour tous avec des arguments d’ordre religieux. Elle ne peut valablement s’appuyer sur une « prétendue loi de nature ». Il y a bien eu changement de paradigme. Les femmes deviennent autonomes. Elles gagnent leur vie. Elles contrôlent leur maternité. Les femmes stériles peuvent avoir des enfants. Chacun peut vivre sa vie, aimer et être aimé, sans être une moitié imparfaite, condamné à faire du couple un tout composé de deux moitiés imparfaites palliant leurs manques par leur complémentarité.  

H.Lehnebach

 

 

Tag(s) : #Foi

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