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LE SILENCE

 

 Notre Dieu, accorde-nous le silence, cette plage où nous pourrons nous retrouver. Ecarte de nous ces essaims de paroles, qui bourdonnent, tourbillonnent et piquent comme des abeilles, à l'entour de nos ruches assaillies. Délivre-nous du trop grand nombre des sollicitations et des remises en question. Permets-nous d'aller en forêt, là où les oiseaux se taisent, où les pas s'assourdissent, où le ciel lui-même ne pèse plus sur nos têtes comme un couvercle flamboyant. Notre Dieu, donne-nous le silence comme seul compagnon pour le moment désirable à nos coeurs.

 

 Car, notre Dieu, nous en avons assez des conversations, qui s'éternisent, des lectures, qui nous avalent, des films, qui nous distraient et des prédications qui nous fatiguent. Nous avons même assez de nos amis, qui nous surpeuplent et des projets, qui nous attendent. Nous avons assez de tout ce qui n'est pas le silence de la nuit, quand il enveloppe la terre et recouvre la journée.

 

 Notre Dieu, visite-nous avec le silence, toi qui ne parles pas tout le temps, mais qui te tais, toi qui ne harcèles pas l'humanité, mais qui la laisses être, toi qui te tiens dans le retrait, pour que nous vivions dans la détente de ta paix. Permets que ce silence nous régénère et nous rajeunisse, pour que nous en sortions, brillants et parés de neuf, comme le soleil au matin. Permets-nous l'interruption recréatrice du silence, où pourra mûrir une vie rafraîchie. Apprends-nous à nous taire, quand nous ne serions plus que bavarder et envahir. Apprends-nous à jouir du silence, qui est le bruissement du monde et le dépliement du coeur.

 

 Oh Dieu, nous n'adorons certes pas le silence, car nous connaissons bien ses multiples démons intérieurs et nous te les nommons : le mutisme et l'effroi, l'indifférence et le mépris, essentiellement le gouffre et le vide. Mais nous aimons le silence que tu as donné comme compagnon à nos vies, tout comme il est plaisant de cligner de l'oeil avec un enfant, en mettant le mutisme du doigt sur nos lèvres closes.

 

 Notre Dieu, toi qui es la Parole même, nous te remercions pour le silence, où nos vies reposent.

Texte extrait de «  CENT  PRIERES  POSSIBLES «  de André  DUMAS

 

Tag(s) : #Foi

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