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28 mars 2013

Le salut, pour quoi ?

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Il  semble que ce mot de salut n’évoque plus la même préoccupation aujourd’hui qu’autrefois. Une raison à cela : ce mot ne recouvre pas la même réalité. Il ne veut pas dire la même chose selon les individus, les époques, la religion, la culture.

Le salut pour les contemporains de Jésus

Pour les contemporains, le salut évoquait le droit au monde futur, à la vie éternelle. Seuls ceux qui respectaient les commandements divins contenus dans la Torah pouvaient l’espérer. En ce temps, la conviction était qu’un Dieu juste pesait la vertu ou la méchanceté de chacun et lui accordait ou non le mérite qui conditionnait son salut selon le précepte : « Si vous obéissez à ma loi, vous vivrez ; si vous ne faites pas ma volonté, vous mourrez ». Le repentir et la réparation sincère permettaient d’espérer accéder au monde futur. Les juifs fidèles à la loi attendaient un Messie qui sauvegarderait le peuple d’Israël.

Le salut annoncé par Jésus

Ce n’est plus au Dieu justicier que Jésus se réfère. Il va annoncer le Dieu miséricordieux qui a sauvé le peuple de l’esclavage en lui donnant Moïse pour guide. Jésus prendra une grande liberté vis-à-vis de l’observance tatillonne de la loi concernant par exemple le sabbat. Toutes ses actions vont témoigner de l’amour de Dieu pour les petits, pour les rejetés de la société.
Jésus va constamment déstabiliser l’ordre social qui régnait alors. « Mon royaume n’est pas de monde », dira-t-il. Il va prôner l’égalité et l’autonomie. Chaque fois qu’il a sorti un déshérité du malheur, qu’il a remis debout, il lui a recommandé d’agir en être libre et responsable. Dorothée Sölle dira que Jésus invite chacun à être imaginatif pour trouver la bonne façon de vivre en harmonie avec la volonté divine.

Le salut consiste alors à avoir foi, à avoir confiance en l’amour de Dieu. C’est ce que redécouvrira Luther à la lecture des épitres de Paul. Que faut-il faire pour être sauvé ? Rien ! Réponds l’évangile. Il suffit d’accepter d’être accepté. Le sujet réconcilié avec Dieu et avec lui-même va alors agir de façon positive, simplement par reconnaissance et non en vue d’obtenir son salut.

Reconnu par un Autre, le sujet se sent réhabilité à ses propres yeux.

Les effets de ce message :

Les effets du message de Jésus vont être déstabilisateurs pour le monde juif et le monde romain de l’époque. Il dérangera tant l’ordre religieux et politique en place qu’il fut condamné à mort et crucifié. Un événement inexplicable va pourtant démultiplier les effets de son message : la résurrection. La petite poignée des disciples de Jésus va vivre une expérience hors du commun. Ils vont être absolument convaincus que Jésus a vaincu la mort et qu’il  est resté présent à leurs côtés. Ils vont le voir. Était-ce une vision ? Est-ce qu’ils ont simplement cru à la parole de quelques personnes qui avaient fait l’expérience de cette rencontre avec le ressuscité, alors qu’il avait été mis dans un tombeau? Les témoignages ici diffèrent. Toujours est-il que les disciples vont aller clamant que Jésus était ressuscité. Cette affirmation « Christ est ressuscité » va fonctionner comme un mythe qui raconte l’indicible, l’impensable, et fait partager une certitude : Le Christ est bien vivant. Il a vraiment triomphé de la mort. Galvanisés par sa présence, ils vont diffuser son message avec une efficacité surprenante. Deux mille ans plus tard, le message de Jésus sera repris sous une formulation laïcisée par la Déclaration des droits de l’homme qui affirme que tout être humain est libre, égal à tout autre, et est appelé à vivre en frère avec tout autre individu, quelle que soit sa race ou sa religion.

De quoi souhaite on être sauvé aujourd’hui ?

L’espoir d’être sauvé a pris de multiples formes au fil des siècles. Les premiers chrétiens de l’Église primitive avaient l’espoir de faire partie des élus auprès de Jésus au jour du jugement final, d’être ressuscités à ses côtés aux derniers jours comme l’assurait l’apôtre Paul. Plus tard les chrétiens espéraient ne pas brûler en enfer ou ne pas passer un certain temps au purgatoire, une fois trépassés. Ces préoccupations ne sont plus vraiment d’actualité. André Gounelle relève quatre formes de délivrance du salut.

La culpabilité

L’Être humain se sent fautif, indigne. Le salut consiste à se sentir  pardonné. L’accent est mis sur les affirmations selon lesquelles Jésus sauve du péché. Ce sentiment de culpabilité a été très vif à certaines époques. Sous l’influence de Freud et de Lacan, des théologiens catholiques ou protestants ont aidé à prendre conscience que la honte est souvent due au manque d’être,  à une incapacité du moi et non à une transgression.

La mort
La détresse peut prendre la forme de la peur de la mort, de notre disparition prochaine ou de celle d’un proche. Le salut est alors souvent perçu comme survie de l’âme, ou espoir de la vie éternelle, ou encore d’une prochaine résurrection.

L’absurde
Le non-sens de l’existence a été souvent l’objet de préoccupation d’écrivains comme Sartre, Camus, Cioran, Kafka, ou de cinéastes comme Woody Allen. L’extraordinaire rapidité de changements socio culturels des trente dernières années ne font qu’accroître ce sentiment de n’avoir rien à quoi se raccrocher. Le salut pour le chrétien est alors de retrouver un sens à son existence en référence au Christ.

La libération
Les contraintes imposées à l’individu par l’accélération du temps, par l’obligation de faire face à des  obligations professionnelles, familiales, socio économiques insurmontables poussent de plus en plus de personnes au désespoir, parfois au suicide. Des millions d’êtres humains ont le sentiment d’être traités comme des vermines. La théologie de la libération a été en Amérique latine l’affirmation que le salut consistait à libérer le peuple de l’esclavage, comme le peuple hébreu l’avait été sous la conduite de Moïse.  

Diversité des formes de détresse
Bien d’autres raisons sont à l’origine de la détresse humaine. La solitude par exemple. Une source d’angoisse est, pour ceux qui ont une conscience écologique,  celle de l’avenir de la planète. Enfin l’absurdité des conséquences de la mondialisation, les méfaits du néo-libéralisme sont des raisons pour désespérer. Si à la fin du dix-neuvième siècle et au début du vingtième, l’on « croyait au progrès », notre temps est marqué par le pessimisme.

Que faire pour être sauvé ?

Il semble que le salut par les œuvres qui a été perçu longtemps  somme la réponse proposée par l’Église catholique, ne convainc plus grand monde, y compris parmi les croyants. Luther, Zwingli, Calvin, Castellion affirmèrent à la sortie du moyen âge que le salut est l’œuvre du seul bon vouloir, de la seule grâce de Dieu. Il n’y a donc rien à faire pour « gagner » son salut. Luther avait compris que Dieu ne punit pas le pécheur pour satisfaire son exigence de justice. Il suffit simplement à l’individu d’accepter d’être accepté. A la question « Que faut-il faire pour être sauvé »  répondre « rien !» implique, on le voit, de ne pas maîtriser le salut, de ne plus en être le maître. C’est accepter que le salut vous soit donné de surcroît. Répondre « rien » impose donc de renoncer à vouloir soi-même conditionner  pour soi-même, comme pour les autres, la réception d ce salut, de le découvrir pour tous, tel  le premier mot de notre histoire. ..Adhérer à telle ou telle  confession de foi, participer au culte, s’engager pour le bonheur d’autrui devient indifférents quant à l’irruption possible de la grâce de Dieu. » [1]

Conséquences du salut pour l’individu

Être sauvé, dans cette perspective luthérienne, c’est recevoir la grâce  qui décharge le sujet  de l’obligation de vivre de ses seules capacités, de se croire capable de se réaliser lui-même. Il se voit réconcilié avec Dieu et avec lui-même. Les effets de ce salut gratuit accordé à quiconque croit en l’amour de Dieu, est confirmé par les récits des guérisons opérées par Jésus. A chaque fois qu’il remet un être humain debout, qu’il le réinsère dans la société, il l’invite à exister par lui-même, à imaginer dit Dorothée Sölle, la façon dont il voudra satisfaire aux désirs de Dieu. Il est rendu à lui-même et reste libre, autonome.

Et les autres ?

R. Picon dit que répondre « rien » à la question « Que faut-il faire pour être sauvé ? » nous permet de nous détourner du ciel pour revenir sur terre. Puisque le salut n’est plus notre affaire, puisque nous sommes libérés de cette préoccupation aliénante de gagner une place au soleil, l’horizon de nos préoccupations redevient celui de notre monde, de notre habitat commun. La notion du salut par la grâce seule nous libère ainsi de la préoccupation du salut et nous rend pleinement libres pour les autres, d’aller vers l’autre, sans l’utiliser pour son salut personnel et sa propre bonne conscience ».

Le salut comme ouverture à un individualisme global

Ainsi celui qui reçoit la bonne nouvelle de l’évangile prend conscience que Jésus lui adresse un message de la part de Dieu. En dépit d’une carence,  d’une faiblesse, d’un manque, qui empêche d’atteindre la plénitude à laquelle pourtant il se sent appelé, Dieu lui, le reconnait et l’appelle à devenir la personne qu’il est en vérité. La foi en Dieu lui donnera le courage d’être. Il peut alors s’accepter tel qu’il est s’il accepte d’être accepté malgré ses  manques, sa faiblesse, ses manques. Dieu est le tuteur, le soutien, parfois le réconfort qui permet de vivre ce que Cyrulnik appelle la résilience. Cette résilience peut être un véritable retour à la vie enfin acceptée, assumée et non subie.
Comme en fait mention R. Picon, cette acceptation de soi-même débouche sur la rencontre avec l’autre parce que le sujet est libéré. Sortant de son univers de reclus sur lui-même, il est disponible et sans crainte pour s’ouvrir au monde, et peut être, s’il le souhaite, pourra-t-il répondre positivement aux suggestions que Dieu lui fera pour participer à la mesure de ses moyens, à la création à laquelle Dieu continue d’œuvrer.
Une brèche semble par ces temps s’ouvrir dans le mur dressé par le développement de l’individualisme narcissique suscité par les sirènes de la mondialisation, du néo-capitalisme depuis l’ère de Thatcher et Reagan. En effet un appel aux indignés a eu depuis les années quatre-vingt-dix, un écho certain. Des personnes jusqu’alors indifférentes se sont éveillées à une conscience écologique. Des entreprises basées sur une économie solidaire prennent place dans le paysage hostile. Des appels à signatures pour interpeller les autorités en faveur d’un cas apparemment désespéré se multiplient sur les réseaux internet. Bref ! Il semble qu’a l’individualisme narcissique se substitue peu à peu un individualisme « global », élargi aux delà des relations interpersonnelles, ouvert au monde pour un développement harmonieux des relations humaines et des relations avec la nature. Peut-être est-ce là une réponse post- moderne à la demande contemporaine du salut.

 

H.L.  

 

 

Tag(s) : #Foi

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