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30 avril 2013

Le sacrifice de Jésus

 

Grâce à la lecture de deux ouvrages, « la religion crucifiée » et « Traversée du christianisme », j’ai pu aborder la question du salut et du sacrifice du Christ sous un angle aussi inhabituel que stimulant. Je viens synthétiser ici ma aout-2012 1245réflexion en attendant vos réactions.

Comment expliquer la raison de la condamnation à mort de Jésus en subissant le supplice infamant de la crucifixion ? Comment donner un sens à cette mort dégradante ? Comment Dieu a-t-il pu laisser faire ça ? C’est la question que se posèrent avant nous les premiers chrétiens.

Tout naturellement ils ont utilisé les images du sacrifice qu’ils connaissaient, comme celles qui sont  contenues dans le livre du Lévitique.  Le texte de Romains 3, 25 en est l’exemple : « C’est lui que Dieu a destiné, par son sang, à être pour ceux qui croiraient, victime propitiatoire, afin de montrer sa justice, parce qu’il avait laissé impunis les péchés commis auparavant au temps de sa patience ».

Cette explication de l’apôtre Paul a été reprise et amplifiée par le christianisme, notamment sous l’influence d’Anselme. Pourtant l’Ancien Testament n’a pas développé cette seule vision sacrificielle. Par exemple le serviteur souffrant d’Isaïe 53 met en évidence le juste humilié, puis délivré et exalté. Les prophètes sont rejetés et massacrés par le peuple sans être pour autant des victimes offertes en sacrifice.

Il y a en fait deux notions de sacrifice dans l’Ancien-Testament. Nous avons effectivement l’expiation par la mort substitutive de la victime, avec l’image de la brebis sans défaut offerte en sacrifice à Dieu, et le sacrifice de communion où il s’agit d’un repas, d’une communion étroite avec Dieu comme ce fut le cas lors de la sortie d’Égypte par le peuple.

Il est tout à fait justifié de mettre en question cette notion de la mort expiatoire de Jésus. C’est d’ailleurs ce qui se manifeste tout naturellement aujourd’hui dans les Églises. Certes ! Que ce soit dans le déroulement liturgique, dans les paroles de nombreux cantiques, et même dans les catéchismes, il est sans cesse fait mention du fait que les fidèles sont coupables de la mort du Christ, car il est mort à notre place à cause de nos péchés. Or on constate que prêtres ou pasteurs sont de plus en plus mal à l’aise pour justifier ce qui reste affirmé par les mêmes églises comme vérité à priori sans contestation possible. Mais comment un Dieu d’amour pourrait-il avoir accepté que son Fils soit mis à mort dans d’atroces souffrances pour laver l’affront qui lui est fait par notre comportement ? C’est tellement absurde que personne n’adhère vraiment à cette théorie qui scandalise à juste titre les non-croyants. Il est donc temps d’aller voir dans les évangiles et même dans les épitres de l’apôtre Paul, ce que l’on peut se permettre de penser.

Les explications de la mort de Jésus d’après les évangiles :

Aucun des quatre évangiles n’a la même explication de la mort de Jésus. Chacun a la sienne, ce qui prouve leur embarras pour donner une explication plausible à cette mort scandaleuse.

Dans l’évangile de Jean
Élian Cuvillier met en évidence que dans l’évangile de Jean, l’image de « l’agneau de Dieu qui ôte le péché du monde » (Jn 1,29 ) renvoie à la figure de l’agneau sacrifié la nuit de Pâque (Ex. 12, 1-14). Ceci relève du sacrifice de communion évoqué ci-dessus. Il n’y a aucune idée de substitution de victime. Dieu n’apparait pas assoiffé de vengeance. Le Christ est l’agneau de la nouvelle fête pascale inaugurant une alliance nouvelle. Ceux qui se réclament de lui peuvent se mettre en marche sur la route de la liberté.
Vouga va insister sur le fait que pour Jean, la mort et la résurrection de Jésus sont comprises comme élévation et retour de Jésus auprès du Père ( Jn 12,32-33), ce qui trouve son équivalent dans He10, 19-20. Jean associe symboliquement la montée en croix et l’ascension par laquelle s’ouvre le chemin du ciel. Jésus meurt pour les disciples parce qu’il  monte leur préparer une demeure vers le Père (Jn 14,2-3).

Dans l’évangile de Luc
Pour Luc la mise à mort de Jésus manifeste l’incrédulité de l’humanité (Lc 23,47 ; Ac 7,52). La mort de Jésus est celle d’un martyr exemplaire, victime de l’injustice. Il meurt dans la pleine confiance en son Père (Lc 23, 46).

Dans l’évangile de Matthieu :
Les pharisiens hypocrites sont convaincus d’accomplir la justice de Dieu et s’affirment être dans la ligne des prophètes. Ils le condamnent donc (Mt 23,29-32). C’est  ce que confirmera l’Apocalypse       ( Ap 12 10-12).

Dans l’évangile de Marc :
Pour Marc, « l’effet salutaire de la mort de Jésus consiste précisément, pour Paul et pour Marc, à rendre possible la confiance et à libérer le sujet de ses relations de dépendances à l’égard de lui-même ».  (Mc 10 45 ). Jésus est venu payer le prix de notre libération. Nous n’avons  pas une plus claire conscience de notre identité que l’homme possédé par une légion de démons que Jésus envoya dans un troupeau de porcs ( « Mon nom est légion, car nous sommes beaucoup » Mc 5,9 ). Jésus paie le prix de la libération des pensées humaines qui emprisonnent l’âme. 

Chez l’apôtre Paul :
Vouga dénonce vigoureusement l’erreur constamment faite d’attribuer à Paul la responsabilité d’avoir introduit dans le christianisme l’idée selon laquelle Jésus aurait été sacrifié à notre place. La question à laquelle répond Paul est la suivante : « Comment la mort de Jésus nous libère-t-elle de la puissance du péché ; comment transforme-t-elle les rapports que nous entretenons avec Dieu, avec autrui, avec nous-mêmes, et enfin avec la réalité sociale et politique dont nous sommes responsables » ?

Ce Dieu que les sages cherchent dans la philosophie et que les Juifs cherchent dans les miracles est solidaire du crucifié, il est le crucifié lui-même, ce qui est folie pour les Grecs et scandale pour les Juifs. Il faut souligner l’importance de cet événement : le Dieu exigeant le sacrifice d’une victime innocente est un héritage à rayer à jamais de nos mémoires. Il s’agit du sacrifice du Dieu qui réclame des sacrifices. « Ici c’est une figure imaginaire de Dieu qui meurt sur la croix et que figure le Christ lorsqu’il prie : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné »[1] ?

Par l’obéissance à la loi, l’homme pensait parvenir à la perfection, croyait pouvoir fonder son identité. C’est convaincu d’obéir à la loi que les pharisiens ont fait dresser la croix. Le Christ s’était placé délibérément sous la malédiction de la loi en allant jusqu’au bout de sa mission, en refusant de se déjuger. En le ramenant à la vie, en le ressuscitant, Dieu permet que la loi se dénonce elle-même. C’est la croix qui met les hommes en accusation. Maintenant cette croix devient signe d’apaisement, de salut pour celui qui reconnaît dans la croix la révélation de Dieu, salut pour celui qui ne prétend plus accéder par ses propres moyens à la sagesse, ou qui sait qu’il lui est impossible de satisfaire aux contraintes de la loi.

Vouga ajoute ici une donnée essentielle en se référant à Ga 3, 6-9 : ce sont les croyants qui sont fils d’Abraham. Les pratiquants de la loi sont sous le coup de la malédiction. « La singularité absolue de la croix, de la proclamation de la résurrection du crucifié, constitue l’événement  dans lequel le Dieu de la bénédiction d’Abraham montre son visage du Dieu des personnes, dans leur singularité.[2] » Il ajoute que la révélation de Dieu signifie donc celle de notre propre identité. Dieu fait confiance à l’humanité. A elle de faire également confiance à Dieu.

Conclusion 
Cette démystification de la compréhension sacrificielle de la mort du Christ permet de se libérer d’une image aussi terrifiante qu’absurde de Dieu. Elle nous autorise à entrevoir une autre vision du salut fondé sur le sens à donner à notre existence plutôt qu’en un salut pour l’au-delà, grâce à une saine relation avec Dieu, autrui, et nous-mêmes. Enfin, si l’on suit Vouga, c’est à une compréhension de l’évangile débarrassée du carcan des interprétations dispensées par les institutions ecclésiastiques que l’on peut se livrer après avoir lu son livre.

Avec l’espoir des réactions des lecteurs :  hugues.lehnebach@wanadoo.fr

 

 

 

Tag(s) : #Foi

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