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LA  VIE : UNE  LOTERIE ?

 

Je n’ai jamais supporté l’injustice. Déjà enfant je l’ai perçue dans des relations humaines. Voici deux souvenirs :

Notre mère chérie, chrétienne exemplaire, nous interdisait d’approcher les ouvriers algériens qui travaillaient dans la carrière de gypse au haut de la zone résidentielle où nous habitions. Ces hommes en costume traditionnel, étaient souvent recouverts de la poudre blanche qu’ils extrayaient péniblement, au risque de leurs poumons !

Leur lieu de repos était une petite épicerie-tabac proche de notre maison. Privés de leur famille restée au pays, ces arabes (ou kabyles ?) souffraient de solitude et retrouvaient un grand sourire quand tel ou tel de nous venait acheter une boite d’allumette, ou un pot de moutarde, articles oubliés par ma mère lors de la commande hebdomadaire dans la grande épicerie du centre ville.

Ces hommes enturbannés et leurs sourires, nous offraient des bonbons dont ils sont très friands.

Ah ! le geste de ma mère pour retenir notre élan ! Parfois c’était trop tard les bonbons étaient dans nos menottes. Maman nous chuchotait de ne pas les ouvrir. Elle esquissait un sourire gêné en direction des arabes et de retour à la maison, elle jetait les bonbons et nous défendait dorénavant de nous approcher de « ces gens là ». Pourquoi ? Nous n’obtenions pas de réponse, sinon que «  nous ne les connaissions pas, ils ne sont pas français »…..

Personne dans le quartier ne semblait curieux de savoir dans quel gourbi les arabes passaient la nuit ? ni leur condition de travail ?

Méfiance et discrimination habitaient, même le cœur des bons chrétiens .Moi, le gamin, je ne comprenais pas….

 

Autre exemple :en descendant notre rue j’aperçois derrière une grille un petit enfant tout noir ( à l’époque c’était très rare ) Il me sourit de ses dents très blanches et nous parlons : camerounais, même âge que moi, il était le « boy » d’un colon très riche. Celui-ci ne l’accablait pas de gros travaux, mais mon « ami », ne sortait jamais du grand jardin. Pas d’école, pas de loisirs. J’étais louveteau et j’avais l’esprit recruteur !

Mes parents soutenaient au temple, les Missions. Pour eux, pas la même prévention qu’à l’égard des arabes. Ils  acceptèrent d’aller rendre visite à notre voisin. Fort aimable le « colon » qui vivait seul nous apprit que mon copain était protestant ! Pas de problème pour que nous l’emmenions promener, que nous l’inscrivions aux louveteaux, qu’il vienne jouer chez nous. Il lui paya même un uniforme qui lui allait à merveille. J’étais fier de le présenter à la cheftaine !

Antoine resta trois ans chez son « protecteur » puis fut ramené au Cameroun. Devenus très amis, nous nous écrivîmes durant des années.

Beaucoup plus tard, on m’avertit de sa mort. Je le pleurai.

Mais sa présence en France me questionna : comment un jeune noir peut-il être embarqué comme domestique à 9 ans ?

 

Plus tard, comme beaucoup, j’appris l’holocauste des juifs en Allemagne. Notre famille fréquentait une famille juive, car dans notre commune existait une synagogue.

Avec notre fratrie, j’ai joué avec bonheur avec les 5 enfants de nos voisins. Pourquoi 3 d’entre eux durent-ils connaître l’enfer et mourir en déportation ?

 

Je me promis de ne jamais accepter la discrimination de quiconque ?

Car si les hasards de la vie vous font naître juif, arabe, noir, etc.. votre existence va connaître mille difficultés.

 

Tout au long des années j’ai ressenti cette immense injustice et j’ai suivi avec passion les débats concernant ce sujet

Tous les gouvernements français ont pris conscience de la nécessité de lutter contre les nombreuses discriminations ; à l’école, dans le cursus universitaire, dans l’emploi, dans l’accès aux postes administratifs.

Pour comprendre ces problèmes chaque citoyen peut ouvrir les yeux, et…son cœur.

Des milliers de films, de chansons, de romans ou d’ouvrages documentés, sont à la disposition de tous !

Encore faut-il que nous nous dégagions des idées toutes faites de racisme, de méfiance de tout ce qui est différent, de la peur de l’étranger ! Faites votre propre inventaire : combien de personnes noires ou arabes fréquentez-vous ?, leur parlez-vous ?

 

La vie peut apparaître à certains comme une loterie très injuste.

On naît dans une famille riche, ou dans la misère. Notre santé est solide ou compromise. Beaucoup d’amour nous est distribué, ou bien refusé durant notre enfance.

 

Beaucoup réagissent par une sourde révolte et se croient abandonnés de Dieu et des hommes. D’autres trouvent en eux un chemin de résilience et surmontent peu à peu leurs difficultés. Je les admire !

 

Moi, que la maladie a commencé de frapper, depuis l’âge de mes 20 ans, j’aimerais transmettre à tous ceux que la vie semble oublier, le secret à découvrir : Le souffle divin n’est pas discriminatoire !

Chacun de nous peut, dans le silence, ressentir l’amour que Dieu nous offre.

Finalement,

 c’est par toi que les choses peuvent se produire : tu peux vivre l’amour du divin pour ce noir ou cet arabe, Ton approche, ton sourire,

ton écoute, dissiperont un peu de sa solitude, de ses souffrances.

Tu vivras pour tous les handicapés que tu rencontreras, l’immense amour d’un Dieu, pour qui ils sont prioritaires !

 

Les humains sont appelés à vivre comme des frères et des sœurs.

Vaste programme !

Quand commençons-nous à le réaliser ?

 

12 Août 2011                   Jean  HOIBIAN

 

Tag(s) : #Société

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