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23 février 2013

L’obéissance selon Jésus100_0182.JPG

 

Après avoir lu Imagination et obéissance de Dorothée Sölle

L’obéissance dans l’Écriture a un contenu : la justice.

J’entends souvent des anciens parler avec nostalgie du temps passé où les enfants étaient giflés  par leur instituteur et aussitôt giflés par leur père quand ils étaient de retour à la maison, par solidarité avec l’enseignant. « En ce temps là on avait de l’autorité ». Ainsi dressé de bonne heure à se soumettre à ceux qui avaient la puissance, les enfants, les faibles, les femmes étaient habitués à obéir sans toujours bien savoir si « c’était juste ». J’entends par là que celui qui exerçait son pouvoir n’avait pas à faire état du bien fondé de l’ordre donné.  Obéir étai  une fin en soi.
Dorothée Sölle donne l’exemple de l’ordre fondé par Benoît, ordre dans lequel les moines étaient soumis à une règle d’obéissance absolue. Obéir à l’abbé comme il obéirait au Christ, sans murmure, sans retard, sans récrimination, sans opposition intérieure, en renonçant totalement à sa volonté propre, devait conduire à la perfection.
La soumission à Dieu, avec la seule relation d’un « je » à un « tu », sans que soit fait état de la raison donnée à cet ordre, tel  était l’idéal à atteindre. Et tout naturellement, par extension,  c’est la même soumission qui a été exigée par les prêtres, puis par les rois, les puissants. Obtenir l’obéissance comme allant de soi est le propre de l’esclavagiste. «  A l’intérieur de ce modèle, celui dont émane le commandement se trouve représenté par les images du père, du souverain, du maître, du général ; quant à celui qui obéit, c’est l’enfant, le sujet, l’esclave, le soldat. Toutes ces images ont pénétré dans la conscience religieuse des peuples et se sont imprimées en elles. Elles rayonnent la puissance, et en  même temps communiquent la conscience de l’impuissance et de la crainte. Elles ne remplissent pas seulement des fonctions religieuses, mais aussi, notamment, éducatrices, politiques et sociales » . Pourtant à lire les textes bibliques, l’obéissance à Dieu fait toujours mention du but  atteindre, qu’il s’agisse de la justice ou de sa bienveillance. « Il t’a été dit, ö homme, ce qui est bon, ce que le Seigneur exige de toi ». ( Michée , 6, 8 ).

L’obéissance dans la prédication de Jésus

Le message de Jésus est tout à l’opposé de cette conception de l’obéissance. Jésus prend en premier lieu considération de la situation dans laquelle vivent les hommes et les femmes.  Il ne demande jamais d’obéir pour obéir, pour se soumettre à une volonté qui s’imposerait comme allant de soi. C’est l’homme qu’il a libéré. Maintenant c’est à l’homme de décider ce qu’il doit faire. N’est-il pas  devenu autonome, responsable après avoir rencontré le Christ? Dans l’évangile de Marc ( ch 5) Jésus guérit un homme « possédé par un démon qui s’appelle légion ». Quand celui ci retrouve son bon sens, il veut suivre Jésus qui refuse et lui dit « retourne dans ton village. Raconte ce qui t’est arrivé ». Ce qui revient à dire : « assume ta nouvelle identité. Sois toi-même ».
La volonté divine ne s’impose pas une fois pour toutes de la même façon, quelles que soient les circonstances. Obéir à une loi parce que c’est la loi est stupide si cela n’a pas de signification. En effet comme le monde évolue, que les situations ne sont jamais les mêmes, il faut adapter la loi, trouver la bonne façon de l’appliquer.

Nous vivons une époque qui ne privilégie plus l’obéissance pour l’obéissance. Ce serait plutôt à la satisfaction de nos désirs que l’on devrait se soumettre, sans le moindre sentiment de solidarité, chacun agissant dans son propre intérêt. Et le paradoxe est que finalement nous sommes soumis à une loi sans fondement, celle de la horde. Seules en efet règnent les puissances de l’argent. Les chrétiens sont désemparés. Ils s’interrogent : A qui devons nous obéir ?
Jésus alors nous demande d’avoir un minimum de lucidité pour découvrir quelle est la volonté de Dieu en fonction de la situation concrète que nous vivons. Jésus demande d’être imaginatif car les problèmes sont sans cesse différents. L’ordre donné est de trouver la bonne solution puis d’assumer la décision  à prendre avec autorité. C’est bien à l’homme faire le choix qui s’impose. Pour Jésus l’homme est libre pour agir dans le monde, pour le faire évoluer dans le bon sens. Il nous faut donc nous mettre en mouvement, être inventifs et spontanés. Cela signifie :  nous devons apprendre la liberté.

L’attitude de l’Église

Habituellement l’Église ne voit pas les choses de cette façon. Elle a tendance à prôner l’obéissance pour exécuter des prescriptions qui ont pour but de maintenir l’ordre en place. Comme si le monde éait statique. Elle n’aime pas le changement, l’innovation. Elle considère que l’obéissance est une fin  en soi. L’idéal serait d’obéir à Dieu sans même savoir pourquoi. L’idéal pour l’Église est la relation entre le père dont je parlais au début, qui obtient de son petit enfant une totale obéissance sans qu’il puisse demander quelles sont les raisons de l’action à accomplir. Puis tout naturellement, l’Église tend à exiger la même obéissance à son égard de la part des fidèles. Les seigneurs agissaient de même. Les colonisateurs suivirent leur exemple. C’est étrange. L’Église dit se référer sans cesse aux Écritures. Or jamais Dieu ne demande obéissance sans en donner les raisons.
Mais Abraham direz vous ? N’a-t-il pas obéi  sans poser de questions ? N’est-il pas souvent donné en exemple pour cette raison ? Il est vrai qu’Abraham cru bien faire en imitant les peuples voisins soumis aux divinités  païennes. Il a cru bien faire en allant sacrifier son propre fils sans oser demander à Dieu : « Pourquoi ? ». Comme si avoir la foi signifiait obéir sans comprendre. Au dernier moment Dieu intervient et évite le sacrifice inutile d’Isaac, comme pour lui dire : « je ne demande jamais d’obéir bêtement ».

L’attitude de l’homme

L’homme doit rester attentif, non pas pour obéir à une loi qui s’imposerait d’elle-même, mais pour découvrir comment agir intelligemment  afin d’être en accord avec la volonté de Dieu dans un monde à l’avenir ouvert. Pour Jésus le monde n’est pas « achevé » mais au contraire « en devenir ». Jésus est venu libérer l’homme de la servitude, y compris des servitudes sociales ou politiques. Le message de Jésus n’est pas « prenez sur vos épaules le poids de la tradition ». Mais plutôt «  assumez en l’héritage pour la réinterpréter et lui donner un sens adapté aux réalités, afin de préparer  l’avenir sans rééditer les erreurs du passé. Dorothée Sölle conclut en disant que le message de Jésus n’est pas de restaurer des concepts ruinés. Dieu appelle à la liberté et à la créativité.

H. Lehnebach

Tag(s) : #La vie tout court

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