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27 août 2013

L’espérance qui nous anime

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L’illusion de l’espoir

L’espoir est une illusion à laquelle je me raccroche quand je fuis la réalité en pensant que tout va s’arranger, comme si, par miracle, une issue positive me serait donnée pour résoudre le problème qui se pose. La conséquence ? Je ne fais rien pour changer la situation.
Des églises promettent, sous réserve de bonne conduite, de prendre un billet pour le paradis de l’au-delà. Leur produit d’appel est  l’espoir. Tout vous sera donné. Le moine Tetzel qui vendait des indulgences au profit de l’évêque de Mayence, avait un slogan publicitaire efficace : « Aussitôt que l’argent tinte dans la caisse, l’âme s’envole du purgatoire  » ! Marx a dénoncé cette utilisation de l’espoir d’une compensation paradisiaque offerte par la religion. Ce vain espoir est l’opium qui convainc effectivement les opprimés d’accepter sans broncher les épreuves imposées par les puissants.  Non ! L’espoir n’a pas grand chose à voir avec l’espérance. L’espérance aurait alors émigré de l’Église si elle n’était que l’espoir d’obtenir par les mérites et l’obéissance aux lois divines, la grâce de Dieu  sur terre et le salut éternel au ciel.

Le messianisme juif

Le messianisme juif repose sur la venue du Messie, et s'achève sur le triomphe de Dieu et celui de son peuple. Dans la Bible cette vision sous-tend tout entière le sens de l'histoire d'Israël, et de l'humanité. Elle trouve sa plus grande expression chez les prophètes, qui prédisent le jour de YHWH (Yahvé): en ce jour redoutable, YHWH visitera la terre avec ses pouvoirs de dévastation, qui n'épargneront ni Juda ni Israël. Cependant, à la venue du Messie, un règne glorieux commence pour ne plus s'achever.

L’eschatologie chrétienne

Jésus annonçait l’avènement du Royaume de Dieu. Dans les évangiles l’on trouve deux visions de ce Royaume. Soit il est à venir, avec le retour du Christ qui l’inaugure par un jugement. Soit il est déjà là, comme réalité spirituelle qui habite le cœur des disciples qui ont cru.
L’Église primitive a vainement attendu le retour du Christ. Jésus s’était-il trompé ? Les disciples avaient-ils mal compris ce dont parlait Jésus ? Les chrétiens ont parfois rêvé de voir l’Église agir en vue d’instaurer cette cité idéale.

La dynamique de l’espérance

Dostoïevski  illustre cette tentation dans la nouvelle du Grand Inquisiteur qui  s’érige en maître pour organiser cette cité idéale au nom même de Jésus, à condition de se débarrasser de lui! 
Tout de suite après la Réforme, Thomas Muntzer  a soulevé une révolte des paysans en vue d’instituer la cité idéale. La Genève de Calvin s’inscrit dans la même perspective. Y vivre n’était pas gai !

L’espérance a mis en marche la quête d’un avenir meilleur dans l’occident chrétien. Elle a été enfantée par le messianisme juif et l’eschatologie  chrétienne. Cela s’est manifesté par l’idée de progrès, le goût de  l’innovation. Mais on ne peut oublier qu’avant d’aboutir à la démocratie, il a fallu se libérer des  utopies  du Léninisme, du nazisme, et du fascisme. Ainsi, chaque fois que l’homme a voulu instaurer la cité idéale en prenant la place de Dieu, ce fut un désastre.

L’espérance  du sujet

Aujourd’hui, s’il a la fibre sociale, s’il se sent responsable et solidaire des avancées de la société, l’incroyant fonde son espérance sur les seules capacités de l’être humain de forger par ses propres forces la cité radieuse qu’habiteront plus tard ses petits enfants. S’il est de droite, il espérera que la main invisible du marché finira par réguler au mieux des intérêts de tous, le bien-être des riches comme des pauvres. S’il est de gauche, il espérera que la justice et la liberté finiront par s’imposer grâce à sa militance.
 
Si sa préoccupation est individuelle, strictement personnelle, l’individu se mettra à la recherche d’un sens à donner à sa vie  que ce soit par sa réussite professionnelle, la reconnaissance sociale, son bonheur conjugal, la réalisation de ses potentialités, son épanouissement personnel, son authenticité… Il faut noter que l’individualisation, j’entends par là, la recherche de l’affirmation de l’identité de la personne, prend de multiples formes. En effet il n’y a pas une seule orientation, un seul choix. Dans la société holiste du passé, chacun se devait d’assumer  le rôle déterminé par sa fonction, son statut social. Aujourd’hui c’est à chacun de se déterminer.
L’être humain espère atteindre son  « soi ». Le « soi »  c’est l’avènement à soi-même,  la réalisation authentique de la personne humaine. Le sujet espère vivre le moment où son existence rejoint son essence. L’athée croit y parvenir par ses propres forces.
C’est en vertu de l’avenir contenu dans la promesse du Christ, qu’habité par l’espérance,  le chrétien  doit chercher sa vérité.

La foi et l’espérance

Ellul, dans son livre sur l’Apocalypse de Jean, dénonce l’amalgame entre le Royaume de Dieu et un système politico-social. Il considère que ces deux domaines sont incompatibles. Quand la Parole de Dieu se fait rare, quand Dieu se tait et détourne sa face,  c’est alors, dit Ellul, que nous pouvons vivre l’espérance qui n’existe que si nous vivons le manque de son absence. Il ne s’agit pas d’une résignation, mais au contraire de l’espérance que Dieu se révèle et réalise ses promesses. Espérer c’est quitter l’illusion pour agir. La foi est la certitude des choses que l’on espère. Nous avons la certitude que Dieu réalise ses promesses à venir. Nous sommes en marche vers cet avenir dont nous ne connaissons pas le visage.

Un Dieu en mouvement

Le Royaume se situe toujours au-delà de ce qui est.  « L’eschatologie n’a de sens qu’à condition de rester perpétuellement à venir, et de ne jamais se transformer en présent. » Mais un monde parfait réalisé sur terre se figerait dans une parfaite immobilité. Ce serait l’enfer ! L’avenir est ouvert, indéterminé. Dieu ne cesse créer, de s’efforcer de promouvoir un univers harmonieux. Le monde réagit aux impulsions  provoquées par Dieu qui tient compte des réactions, des réponses que nous faisons à ses sollicitations. Sa volonté créative peut être mise en échec comme ce fut le cas avec la crucifixion de Jésus. Sans cesse, il remet son projet en marche. La résurrection du Christ en est témoin. En Dieu se combinent la permanence et le changement. Nous sommes invités à nous associer à cette création. C’est le sens de l’engagement du chrétien. « L’espérance naît de la foi dans le dynamisme créateur de Dieu, et de la participation au Christ, puissance divine de transformation à l’œuvre dans le monde ». C’est là que se situe notre combat. L’espérance est notre arme.

H. Lehnebach

 

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Tag(s) : #Foi

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