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L’élection d’Israël et la dimension « christique » de Jésus

 

Pourquoi est-ce le peuple d’Israël qui a été choisi par Dieu pour annoncer à l’humanité la voie du salut ? Jésus est-il le seul Christ, le seul sauveur ? Ce sont les deux interrogations qu’une jeune membre de notre cercle a posées. Je suis resté muet, incapable de répondre. Un peu plus tard, j’ai finalement trouvé chez les théologiens du process une réponse à mon avis recevable. La voici.

La théologie traditionnelle répond à ces questions par l’affirmation suivante : « C’est une élection gratuite qui tient au seul bon vouloir de Dieu qui a décidé de contracter une alliance particulière avec le peuple d’Israël pour réaliser l’objectif qu’il poursuivait  en vue de sauver l’humanité. Puis il a envoyé Jésus, son Fils unique dans le même but.

Les théologiens du process n’admettent pas que Dieu ait des caprices comme en aurait un monarque tout-puissant et qu’il puisse avoir favorisé un peuple plutôt qu’un autre. Ils considèrent que  Dieu n’est pas tout puissant. Il est au contraire en interaction permanente avec le monde et des humains en particulier. Cela peut modifier ses comportements et ses décisions. Dieu n’a pas de plan préétabli. Il agit en s’adaptant aux circonstances. Il propose, suggère des initiatives, offre des possibilités en espérant que l’on y réponde positivement pour faire avancer le monde vers le bonheu. Il se comporte comme le fait un chef d’orchestre qui sollicite les musiciens de son orchestre pour donner un concert de qualité. Il est dépendant de ses musiciens. Il leur communique sa vision, les difficultés à surmonter, l’esprit dans lequel il voudrait que l’ensemble de l’orchestre fonctionne. Il appartient aux musiciens de répondre positivement ou non à son invitation. Ils pourraient même saboter la réalisation du concert. La mise à mort de Jésus en est l’illustration. Dieu  n’impose rien de façon autocratique, comme le ferait un Néron dans une bouffée de folie. Il tient compte de nos réactions. Il s’adapte.

Dieu aurait donc saisi l’occasion qui s’offrait avec le peuple d’Israël qui lui semblait particulièrement bien préparé à participer à son dessein. C’est dans ce contexte qu’au fil du temps, avec des hauts et bas, s’est réalisée l’histoire de l’alliance conclue entre Dieu et le peuple élu, histoire qui aboutit à la venue de Jésus « en tant que Christ ».

Ici une parenthèse s’impose pour expliquer ce « en tant que Christ »mis entre guillemets. Le mot Christ n’est pas une sorte de nom de famille. Le mot Christ désigne une fonction, comme peut l’être  la fonction de roi, de ministre, de prophète. La fonction christique est la manifestation de la puissance novatrice et créatrice de Dieu. Jésus est totalement habité  par cette puissance. Quand il parle, quand il agit, c’est en tant que Christ, en tant qu’exerçant cette fonction de Christ, fonction novatrice et créatrice divine.

C’est là que se trouve la réponse à la deuxième question concernant la singularité de Jésus. Certains théologiens comme Karl Barth ont affirmé que Jésus était la seule voie possible du salut. Ils considèrent que la Parole de Dieu est Jésus Christ lui-même. Ils ont une vision exclusiviste du christianisme. Pour eux se référer à Jésus Christ est forcément récuser ceux qui ne s’y réfèrent pas. Les théologiens du process ne sont pas de cet avis. Ils considèrent au contraire que cette présence christique a pu habiter d’autres hommes comme Schweitzer, Martin Luther King , les moines de Tibhirine ou toutes autres personnes qui, comme le Bouddha Gautâma , auraient contribué à l’avancement du Royaume de Dieu, même si ce n’était pas directement inspiré par les évangiles.  

Ce courant théologique est, on le comprend, particulièrement ouvert au dialogue inter religieux puisqu’il considère que  différentes manifestations christiques indépendantes de Jésus, peuvent se manifester dans d’autres religions. André Gounelle ajoute ici que pour les théologiens du process, « reconnaître un caractère christique à un personnage ( ou à un événement, ou à un livre) ne conduit pas obligatoirement à l’identifier au Christ. Cela signifie que le Christ agit en lui et par lui, mais ne veut pas dire qu’il est le Christ »[1]. Ainsi Jésus « en tant que Christ » , ne serait pas le seul à avoir été habité par cette présence christique et à l’avoir mise en œuvre. Il n’est pas question pour ces théologiens de marginaliser ou d’amoindrir notre vision de Jésus Christ. Bien au contraire ! Jésus Christ demeure la clé de voute et l’aboutissement de l’aventure initiée par Dieu avec le peuple d’Israël.

 

Hugues Lehnebach

 


[1] A. Gounelle, « Le dynamisme créateur de Dieu ». Van Dieren editeur.

 

 

Tag(s) : #Foi

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