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03 février 2013

L’Église doit-elle intervenir dans la cité ?

Le christianisme de la toute première église est, suivant les préceptes du Christ, un individu-en-relation-avec-Dieu, c’est à dire essentiellement hors du monde. Jésus n’avait-il pas dit : « Mon royaume n’est pas de ce monde » ? Dumont résume par ces mots : « En termes sociologiques, l’individu hors du monde est dans une communauté qui marche sur la terre mais a son cœur dans le ciel ». C’est en fonction de Dieu que le chrétien se plie aux prétentions légitimes de César : « Rendez à César ce qui est à César ». Le monde est alors relativisé, subordonné aux valeurs absolues.

C’est Augustin qui va contribuer à changer cette vision des choses. Il pense que l’État est fondé sur la justice. Un État qui ne rend pas justice à Dieu n’est pas un État. Il n’y a pas de justice quand la dimension transcendante de la justice est absente. Il réclame que l’État soit jugé du point de vue transcendant au monde, du point de vue de la relation de l’homme à Dieu. Cela va devenir le choix théocratique de l’Église formulé ainsi par Grégoire le Grand : « Que le royaume terrestre serve le royaume céleste ». Le pape Gélase, autour de l’an 500, formulera le principe suivant : L’empereur doit courber la tête devant les ministres des choses divines car c’est d’eux qu’il reçoit les moyens d son salut. Par contre, les ministres doivent obéir au roi pour ce qui est des affaires du monde.

 

Nous ne sommes plus du tout dans l’Église des origines hors du monde. La suite va s’inscrire dans l’histoire : le divin devra régner sur le monde par l’intermédiaire de l’Église. Elle devient de ce fait « mondaine ». Cette situation sera manifeste sous Charlemagne.
Du côté de la Réforme nous avons deux positions opposées. Luther ouvre la porte à l’autonomie de la personne par rapport aux autorités, fut-ce celles de l’Église. Pour lui Dieu est accessible à la conscience individuelle par la foi. Et il séparera clairement le rôle de l’Église de celui de l’État. Calvin qui pense suivre Luther prend en fait une voie différente. Il affirme la totale impuissance de l’homme face à Dieu. La volonté divine investit certaines personnes « choisies », bénéficiant de la grâce de l’élection. La tâche de l’être humain est de travailler à la glorification de Dieu dans le monde. La mission de l’individu va alors être magnifié en incarnant la volonté divine dans ce monde. Le calvinisme va dès lors se singulariser par une tendance à s’impliquer dans les affaires du monde.

 

Selon son orientation spirituelle, le chrétien prendra position pour ou contre le mariage pour tous. Les uns considérant que le mariage n’étant pas un sacrement, il revient à l’État de décider s’il faut accepter ou non  le mariage pour tous. Ce serait donc une position prônant la neutralité ; tout au plus le dialogue.

Mais on ne peut éviter dans les Églises d’être confronté à la prise de décision en fonction des questions posées en interne par les fidèles. Quelle sera la décision prise par le pasteur ou le prêtre quand un homosexuel leur demandera de bénéficier d’une bénédiction sur son union avec un autre homosexuel ? Un livre remarquable , homosexuels catholiques, sortir de l’impasse, écrit par Claude Besson , pose clairement le problème. Faire descendre les fidèles dans la rue pour imposer au gouvernement le choix du cardinal XXIII est une façon de répondre à la question tout en précisant en fait, qui, de l’État ou de l’Église, doit avoir l’autorité et le pouvoir.

 

H.Lehnebach

 

Tag(s) : #Société

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