Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

10 juin 2013

l'âme

                                                  100_0180.jpg

                                         
V
L’âme existe-t-elle ? On en parle beaucoup à l’occasion d’un service funèbre. S’agit-il d’une sorte de fantôme qui sort du corps du défunt pour aller au ciel  auprès de Dieu ? Il paraît que dans les cimetières, on peut voir parfois des feux follets qui s’agitent au-dessus des tombeaux. Certains ne pensent pas que ce soit dû à la décomposition des corps dégageant du phosphore, mais croient que ce sont les âmes qui se promènent avant d’aller au ciel.
Platon, un immense philosophe grec (428-348 av J.C.) était persuadé qu’avant de venir au monde, l’âme du nouveau-né s’était promenée au royaume des Idées. Autant dire au royaume des âmes. Seul le sage pouvait accéder à la vérité s’il retrouvait dans sa mémoire les traces des Idées, accédant ainsi au véritable savoir. A la mort, l’âme pensait-il, quittait le corps du défunt pour retourner dans ce royaume des Idées. Cette idée étonnante a semblé si intéressante que les Pères de l’Église et les grands théologiens du moyen âge ont conçu toute une théologie qui reprenait cette idée pour vérité absolue même si la Bible n’en dit mot. Ils firent alors le nécessaire pour convaincre les croyants de faire ce qu’il fallait pour que leur âme n’aille pas en enfer au jour de leur décès.

Cette façon de voir reposait sur la conviction qu’il y avait deux mondes distincts : celui de la terre, le nôtre ici-bas et celui du ciel dans lequel se trouvait un Dieu tout puissant. Il faut ajouter que plus tard les découvertes de savants comme Descartes avaient convaincu l’occident que toute personne évoluée devait être matérialiste.  Grâce aux connaissances acquises, il serait possible de maîtriser la nature et d’en profiter autant que l’on en aurait envie en ne lui accordant qu’une réalité matérielle. Descartes pensait sincèrement que les animaux étaient des mécaniques et qu’ils ne souffraient pas si on les frappait ! Si le chien battu aboyait, c’était par réflexe mécanique ! Les bons chrétiens débarquant aux Amériques au seizième siècle étaient persuadés que les Indiens n’avaient pas d’âme et qu’on pouvait les tuer sans aucun remords. Par la suite d’autres penseurs comme Hobbes, confirmèrent cette compréhension de l’univers.  L’intelligence ne devait servir qu’à comprendre comment fonctionnait la nature pour mieux la dominer. Et c’est de cette façon que peu à peu nous avons perdu notre âme. L’homme dans sa volonté prométhéenne s’autodéifie et se coupe de sa dimension divine. « Il se considère comme la mesure de toute chose. Il se place hors et au-dessus de la nature pour soi-disant mieux la connaître, mais surtout pour la conquérir et la dominer »[1]. Cette attitude est désastreuse car elle inhibe tout entrainement à l’écospiritualité indispensable à un véritable épanouissement de la personne, de son âme.

Je ne veux pas parler de l’âme qui sortirait de l’enveloppe charnelle d’un cadavre pour aller au ciel. Perdre son âme c’est perdre ce qui donne une dimension divine à l’être humain. Les êtres humains ne sont pas qu’intellect, émotion, sensibilité relationnelle. Ce sont là des qualités qui permettent de faire beaucoup de choses positives comme gagner sa vie, participer à la vie sociale en être responsable, fonder une famille. Mais c’est se  limiter à la seule satisfaction matérielle de la consommation. Cela manque un peu de sens. Cela reviendrait à dire :  « voyez comme j’ai réussi ma vie ! J’ai mangé et bu autant que je l’ai voulu. Je me suis fait plaisir parce que j’ai gagné assez d’argent pour cela. J’ai même de la morale. La preuve je ne bats pas ma femme ( ou mon mari ), et j’ai même nourri mes enfants sans les abandonner ! De plus, je suis respectable et même connu sur face book !»
Or l’être humain a une dimension spirituelle qui lui permet de communier avec la nature, avec ce qui le transcende, le dépasse.  C’est ce qui donne une certaine densité à l’existence, qui lui donne de l’âme. Cette dimension est aujourd’hui définitivement perdue. Les « primitifs » avaient la capacité d’entrer en communion avec la nature, avec leurs dieux. Nous, nous n’avons plus ce don. Notre idée de Dieu est celle d’un dieu qui fonctionne à notre image, ce qui signifie un dieu matérialiste, à l’image d’un potentat en quête de toute puissance, de domination. Un  dieu qu’il faut satisfaire par exemple en lui obéissant.

Or Dieu est tout à fait autre.Dieu se trouve… au coeur du mondecomme « le levain qu'une femme a enfoui dans la pâte pour la faire lever » (Matthieu 13.33)
Il ouvre sans cesse l'avenir, introduisant des possibilités nouvelles dans nos pensées et dans le monde : mais il ne détermine pas de manière autoritaire celles qui seront acceptées ou refusées par les hommes. Il propose, appelle influence, enthousiasme ; il tient compte des résultats qui en adviennent pour modifier son action : c'est la joie qu'il veut pour ce monde « qu'il aime tant » (Jean 3.16).
Il est créateur, non seulement au-dedans de nous les hommes, mais aussi des animaux, des plantes et peut-être aussi des minéraux ; Il est indispensable à la vie du monde ; il participe à tout ce qui se passe, à toutes les réalités auxquelles nous avons affaire et d'abord à nous-mêmes. Il agit en tout ce qui bouge ; rien n'échappe à son action de même que rien n'échappe aux rayons du soleil et à l'air qui nous baigne.
[2]

 Il est présent dans la nature, et en nous même. Comme la nature et nous même sommes présents en lui. Prier n’est pas commencer une sorte de négociation avec Dieu pour lui demander ceci ou cela. C’est entrer en communion avec cette puissance créative en action permanente d’un monde en évolution permanente. C’est entrer en synergie avec cette dynamique divine. Il est alors possible de dire : « J’aime Dieu de toute mon âme ». Du coup, j’ai une authentique identité qui ne réduit pas ma personne à sa seule dimension matérialiste, coupée de la nature et de Dieu.

H.Lehnebach.

 

Tag(s) : #Foi

Partager cet article

Repost 0