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IL ETAIT UN PETIT NAVIRE. (Fiction)

 

L’ophtalmo avait été formel : « vous devez porter ces lunettes noires toute la journée ; si vous n’y voyez pas assez, faites-vous accompagner ».

Cela tombait plutôt mal cette infection oculaire, car il ne nous restait que quarante huit heures pour faire nos valises.

Line ma compagne m’avait prévenu : « c’est une surprise ! nous partons en voyage. Je ne t’en dirai pas davantage ; je ne te lâcherai pas le bras. Fais confiance à ta chérie !

En moins de deux les valises sont prêtes mais nouveauté : « tu dois emporter un costume et accepter de porter une cravate !

Un costume ? Voilà des années que je n’ai pas sorti de sa housse cette veste de laine et le pantalon assorti.

« qu’est-ce que c’est ta surprise, un carnaval ?; et une cravate…je ne sais même plus faire le nœud ! »

Quand une femme a une idée bien en tête, inutile de discuter !

Ma nuit fut fébrile. Etait-ce les yeux douloureux, ou plutôt l’appréhension d’un départ dont on me cachait les détails ?

Le lendemain matin on m’enfourne dans notre voiture, on m’attache ma ceinture de sécurité, et ma très compétente compagne me rassure : »il y a un brouillard à couper au couteau, il est donc normal que tu ne vois rien. Ferme les yeux et dort. »

-Mais enfin, où allons-nous ? »

-« A Marseille, mon chéri »

 Je suis rassuré : nous connaissons et aimons bien cette ville où notre fille a habité plusieurs années. Les gouttes distillées dans mes yeux rendus aveugles par les verres foncés, ont un effet soporifique. Le temps du voyage ne me semble pas long. La voiture est garée.

Line me confie une valise et me prend l’autre bras. Quelques soixante mètres à parcourir et un grand soleil s’étant levé, je nous vois devant la porte béante d’une sorte d’immeuble de cinq étage, tout blanc.

Nous entrons et Line me révèle le mystère : nous partons en croisière, 8 jours en méditerranée. Là voilà la surprise !

J’enlève mes lunettes et je découvre les différents étages de ce monstre des mers. Je suis émerveillé ! Accueil très aimable d’un

personnel au garde à vous. Par l’ascenseur on nous conduit jusqu’à notre cabine modeste, sans hublot sur la mer. Tout est petit mais bien conditionné.

J’embrasse Line avec reconnaissance. A mon âge, je vais découvrir une partie de cette grande mer, qui pour l’instant est cachée à nos yeux. Le délai de l’ophtalmo a été respecté. Je peux quitter les lunettes opaques et chausser des verres de soleil. L’épreuve d’une mini cécité est terminée. Line a réussi son pari : ne pas annuler notre départ et me conduire jusquedans le ventre du paquebot, où tel Jonas, je vais découvrir bien des choses.

Voici le pont, immense, où piscines et jacuzzis occupent le centre. Du pont principal partent des escaliers métalliques où il est recommandé de tenir les rampes. On accède ainsi à des coursives larges, où des chaises-longues s’offrent à nous. Et quelle vue sur le port de Marseille, et sur la mer immense qui m’inquiète un peu.

La sirène mugit, les cheminées géantes crachent une fumée qui semble filtrée et nous sentons sous nos pieds la vibration constante mais discrète des moteurs.

Les 700 passagers découvrent, chacun à son rythme les très nombreuses possibilités offertes pour ce voyage de rêve : salles de restaurant, de sports, de massage, de jeux, de lecture, d’ensoleillement

Existe aussi un quartier commercial comme dans les aéroports.

Un personnel très nombreux, issu de 37 nationalités comble les désirs de la clientèle. Line et moi, nous sentons un peu étrangers au regard du comportement d’une majorité des passagers qui se gavent aux cinq repas journaliers, apprécient le casino et les machines à sous…

Mais on fait connaissance, surtout à l’occasion des escales, avec des gens sympas.

Huit jours, c’est très court mais j’ai encore la mémoire débordante de tant de beautés s’imposant sans trêve à ceux qui ouvraient grands leurs yeux sur ponts et coursives, plutôt qu’enfermés dans les salons.

Nous avons bénéficié d’un très beau temps.

Les escales ont semblées trop courtes a beaucoup des participants. Pourtant les visites étaient encadrées par des guides compétents mais d’autres croisières convergeaient vers les mêmes lieux. D’où pas mal de temps perdu en autocars ralentis dans la circulation, foule et files d’attente pour entrer dans les musées, églises, etc..

Première escale : Ajaccio,  Seconde étape : La Valette à Malte. Puis ce fut Salerne, en Italie, une journée entière à Rome (escale de Civitavecchia ), enfin l’île d’Elbe.

Certaines croisières permettent de voir la totalité des îles de la méditerranée occidentale, mais leur durée et…leur côut, sont différents !

A chaque accostage, il y avait manœuvre délicate, réclamant la présence d’un pilote qui avait la haute main sur le navire, nous permettant de nous glisser entre les iles

. Par mesure de précaution, le capitaine, avait le premier jour à bord, rendu obligatoire un mini exercice de sauvetage. Alerté par une sirène spéciale tous les passagers ont dû revêtir le gilet jaune, gonflable, et se rendre rapidement au point de ralliement désigné, à proximité des chaloupes.

Dans le cœur des 700 passagers, bien des fantasmes circulèrent en secret, rapidement dissipé par la sirène. D’autant plus que la soirée était annoncée comme festive : c’était le diner d’honneur présidé par le capitaine. Nous étions priés de revêtir une tenue de ville !

Voici pourquoi Line avait insisté pour que j’emporte dans ma valise :

Chemise, cravate (celle qu’elle m’avait offerte il y a bien 10 ans, mais que je n’avais guère usée), et mon plus beau costume !

Ce repas festif s’est réalisé en deux services, et par tirage au sort nous fûmes invités à la table du capitaine ! Un imposant personnel en divers uniformes, nous attendait au pied de l’escalier roulant, au son de musiques italiennes, et nous conduisit à notre place.

Le Capitaine nous présenta tout son équipage, en uniforme. Applaudissements, discours de bienvenue. Nos estomacs se montraient impatients. A table, le capitaine s’est montré très aimable, serrant la main de chaque convive et nous demandant de quel pays et de quelle ville, nous venions. Il offrit à Line, comme à toutes les dames présentes à sa table, un œillet rouge.

 

Ainsi dans le rassemblement et dans la dispersion, ces huit jours de rêve se déroulèrent au mieux selon les goûts de chacun.

Pour notre part, nous avons rempli nos cœurs et notre vue de la splendeur de la mer, des nuages, du soleil changeant de palette, du relatif silence. Le soir surtout, le contraste entre lebateau éclairé et la mer sombre sur laquelle nous glissions, nous remplissait de rêves et de songes. Etonnement de terriens se risquant sur cette masse liquide sans fin.

« Eternel notre Dieu, que ton nom est magnifique sur toute…la mer »

(psaume 8 )

Enfin !, déjà ! nous avons regagné Marseille, récupéré notre voiture et regagné notre domicile.

Une croisière en mer ? une expérience inoubliable. Ö ma Line, tu m’as

offert là, une surprise, un cadeau rare. Je t’embrasse tendrement.

      30 octobre 2010                Jean   Hoibian

 

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Tag(s) : #Contes

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