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Funérailles

 

Hier j’étais d’enterrement. En parlant de la cérémonie qui suit la mort de quelqu’un, on dit aussi obsèques. Tous ces termes sont disgracieux.

La mort fait peur. Sans doute n’est-ce pas seulement l’effroi de ma propre mort, la fin de l’aventure qu’est la vie. La limite est atteinte.

Il y a hier, le passé. Nous étions dans l’aujourd’hui, la présence de l’être cher que nous pleurons, puis c’est fini. Vraiment fini.

Il n’y aura plus jamais de demain.

Nous entrons dans un autre temps, celui du manque , de l’absence…..

Selon la densité des liens que nous avions avec la personne décédée, son départ est souffrance, chagrin, émotion, souvenir.

 

C’est là que la mémoire intervient : la vie passée de l’absent, tout ce que je sais de son existence, toutes les mailles du lien familial, toutes les relations professionnelles, les bons et mauvais voisinages.

Qui était-il ? Réputation confirmée, ou usurpée.

La mort de l’autre me questionne.

Qui suis-je ? je suis comme tout un chacun, menacé par la mort. Que deviennent mes projets ? mes ambitions ? mes certitudes ?

La pensée de la fin de vie dissout mon assurance, me sape le moral, m’inquiète. Que vont devenir ceux que j’aime ? Où vais-je aller ?

Ainsi le spectacle de la mort des autres (surtout s’ils sont proches de moi ) me rappelle à une lucidité maquillée par les agitations de la vie, les engagements, les soucis, les passions, l’attachement aux idoles modernes. Un jour ? demain ? ce soir ?, la famille, les amis, se situeront par rapport à ma disparition.

 

Hier j’étais de funérailles. Une cérémonie émouvante par le lieu :

Un caveau de famille construit il y a très longtemps, dans la propriété familiale. Privilège accordé jadis aux protestants interdits de cimetière.

Un pré fraîchement tondu descend en pente douce vers le vieux tombeau familial dont on a déposé la dalle de clôture. La vue sur les monts d’Ardèche est magnifique et se prête à la méditation. Le convoi descend lentement la pente. Famille et amis, voisins, suivent à pied, en silence. C’est beau ce recueillement, ce silence, que le Pasteur va rompre par de douces et fortes paroles : l’espérance, le souvenir, la consolation, puisées dans la Bible.

Pendant qu’il parle en plein vent, sans micro, chacun à sa manière écoute avec plus ou moins d’attention. Car milles pensées évoquées plus haut dans ce texte, surgissent…

 

Que pensons-nous de la néantisation de la mort ? Entrons-nous aisément dans les promesses chrétiennes d’une autre vie ? Le face à face avec Dieu aura-t-il lieu ? la récapitulation de notre vie ? ou bien, en balayant les vieux concepts moyenâgeux de l’enfer et du paradis, refusons-nous tout lien avec le grand témoin de notre vie et de notre mort ?

 Notre existence est-elle appelée à une vigilance accrue justifiée par sa précarité ? S’agit-il de subir ou de conduire sa vie ?

Qui donc encore ,de nos jours, s’imposerait une vie médiocre, afin de jouir dans l’au-delà d’une félicité mythique ?

 

Mais ne vivre que pour soi ? oublier les autres ? ne pas sentir ce besoin d’une présence inspirée ?

Comme nous sommes peu de choses pour découvrir les secrets de la vie ? son sens ? son origine ?

 

Le pasteur prononce les paroles de bénédiction. Il nous faut quitter ce lieu de beauté et de finitude. C’est autour d’un verre que les proches vont retrouver les combats de la vie, évoquer mille souvenirs tristes ou joyeux de la personne décédée. Car la mort ne doit pas garder le dernier mot. Croyant ou pas, nous sommes appelés à poursuivre nos vies. Ainsi depuis la nuit des temps, l’humanité confie ses morts à la terre, et poursuit son chemin.

Puisse-t-il être, ce chemin, une voie d’amour de fraternité, de confiance, de joie. Car, oui, la vie est belle ! malgré la mort.

     30 août 2012           Jean  Hoibian

2011 avril parc floral de Paris (28)

Tag(s) : #Société

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