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(1) Voir le texte intégral sur www.protestants.org

Interview de Claude Baty, Président de la Fédération protestante de France, lors

du Culte de l'assemblée du désert par Michel Schaeffer (5 septembre 2010)

MS : Claude Baty, nous venons de suivre ce culte dans lequel nous avons entendu ce verset du

prophète Esaïe qu’aimait citer Antoine Court : “Sur tes murailles, Jérusalem, j’ai placé des

veilleurs. Ils ne devront jamais se taire ni le jour ni la nuit” (Es. 62, 6).

Pensez-vous que la Fédération protestante de France peut jouer ce rôle de veilleur ?

CB : Je le crois ! C’est en tous cas ce qu’elle essaie de faire, en mettant en oeuvre le

discernement de ses membres. Comme le dit un autre prophète de la Bible : « Nous sommes

appelés à être des sentinelles sur la muraille »…Une sentinelle avertie ne fait pas que voir…

Le grand sujet de débat de ces derniers jours c’est l’expulsion des Roms et plus généralement la

question de l’immigration. Je rappelle que la Fédération protestante de France s’est exprimée à de

nombreuses reprises sur un sujet qui lui tient à coeur : l’accueil des étrangers. Elle a d’ailleurs fait

de 2010 l’année des migrations. Dès le mois de juillet elle a fait un discours sans ambigüité sur la

situation. Il faut dire que ces questions remuent de vieux souvenirs chez les protestants.

L’assemblée du désert qui rassemble chaque année de nombreux protestants rappelle

précisément une période où les protestants n’étaient pas tolérés dans leur propre pays. Ils étaient

sans état civil, sans papiers. Vous comprenez que nous ne pouvons être spectateurs et silencieux

quand aujourd’hui encore des hommes ne trouvent d’accueil nulle part. […](1)

Nous avons exprimé notre opposition à certains discours politiques souvent qualifiés de

sécuritaires, mais qui à mes yeux sont surtout délétères.

Dans un premier temps nous avons dénoncé l’amalgame entre « gens du voyage », Roms, et

délinquance. Nous avons rappelé que ceux que nous nommons « gens du voyage » sont français

depuis longtemps. Avant de les stigmatiser, réfléchissons aux dénis de citoyenneté qui leur sont

infligés presque quotidiennement. Ils sont considérés comme des français de seconde zone. Au

délit de faciès dont souffrent quotidiennement les Tziganes, Roms et autres Manouches, qui sont

sans cesse contrôlés, méprisés, suspectés, n’ajoutons pas une injustice de plus en les mettant

pour des raisons troubles au pilori de la nation. […]

MS : D’accord ; mais il ne suffit pas de veiller et de dire voire de dénoncer. Nous avons entendu ce

matin qu’il nous appartient de devenir des « déclencheurs d’espérance » ; alors, que faire ?

CB : Garder son sang-froid et ne pas se laisser imposer des préoccupations artificielles. Pour

résister au matraquage médiatique, je conseille de participer à la réflexion des Églises et à

l’engagement des associations de terrain. Je signale ici la campagne des associations chrétiennes

comme l’ACAT, le Secours catholique, la Cimade, le CCFD, la FEP…, intitulée « ne laissons pas

fragiliser le droit de l’étranger » et qui conteste notamment un nouveau changement de la

législation sur le droit des étrangers. J’espère que les Églises de manière oecuménique, sauront

aussi parler dans ce sens.

Je crains qu’un grand principe soit mis en cause insidieusement : l’égalité de tous devant la loi.

[…]. Ceux qui parlent d’identité nationale, ne doivent pas oublier que l’égalité devant la loi est un

principe constitutif de cette identité. Être français, c’est pouvoir compter sur une égalité de droits,

une égalité qui ne fait pas obstacle à la diversité des personnes, des parcours et des origines.

Plus profondément encore, je reste préoccupé par la souffrance d’une grande part de la population

qui se sent lâchée par les élites. On l’a souvent dit, l’ascenseur social ne fonctionne plus, il est à

craindre que le mixage de la société soit abandonné au profit de comportements de castes.

Beaucoup n’ont plus d’espoir, et regardent ce qu’ils considèrent sans doute comme la vraie vie à la

télévision ! Il est donc urgent de redonner de l’espérance, de la confiance, confiance en Dieu

d’abord, qui amènera à une confiance en soi mais aussi confiance en un projet commun qui

permette à chacun de trouver sa place.

* * *

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Tag(s) : #Société

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