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DEVOIR  DE  RESERVE ?

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OSER S’ATTAQUER A LA RACINE DES TABOUS IMPOSES 

 

Il fut un temps ou, chaque année, j’intervenais dans une école d’assistantes sociales pour un cours sur la condition carcérale.

Après les avoir félicitées d’avoir choisi cette profession tournée vers l’humain  en souffrance, je leur disais : « le but final et idéal de votre carrière serait que vous tombiez en chômage ».

Et d’expliquer, qu’à mon avis l’action sociale risque de n’être que routine pour l’acteur, et alibi pour les pouvoirs publics, si elle n’est pas appuyée sur une solide réflexion sur les causes, et un engagement personnel et collectif pour supprimer la maladie sociale.

A la Grande Motte, lors des journées « Evangile et Liberté » l’une des conférences aborda le thème de l’immigration. Le responsable de la CIMADE, Jean-Paul Nunez expliqua pourquoi le ministre Hortefeux a tout fait pour se débarrasser de l’organisme protestant : en gros «  ils ne respectent pas le devoir de réserve ! »

Que les équipiers conseillent les familles parquées dans les centres de rétention, sur le plan juridique et social. Cela ne nuit pas, au contraire, cela peut apporter du calme et de la ..résignation. Mais que dans son rapport annuel la Cimade dénonce les conditions scandaleuses d’enfermement d’hommes, de femmes et d’enfants, n’ayant commis aucun délit,

qu’elle dénonce le non-respect du droit d’asile, cela dérange en haut lieu !

C’est toujours le même refrain : » vous les «  sensibles », chrétiens ou non, occupez-vous des corps et des cœurs souffrants, on vous fournira même des subventions pour cela. Mais ne vous mêlez pas de la gestion du social en intervenant dans le politique. Taisez-vous !

 

Et quand on passe au niveau global de l’action sociale, on voit bien que les œuvres caritatives, les associations, soutenues financièrement par l’Etat,rendent à celui-ci un service irremplaçable mais frappé d’équivoque.

On agit, on loge, on nourrit, on habille, on conseille, on soutient, on re-socialise. Et même on donne l’irremplaçable :de l’amitié, de la solidarité, en surplus du programme commun. Mais se pose-t-on suffisamment la question des causes, de l’origine des maladies sociales et des situations de grande détresse ?

Et s’engage-t-on dans une interpellation de l’Etat pour que cessent l’injustice sociale, l’inexistante répartition des richesses ?

 

L’Etat a le beau rôle. Il affiche un énorme budget consacré à la misère, à l’accueil des « blessés de la vie ».Mais il s’en lave les mains et ne manifeste nullement sa responsabilité.

Ce problème est énorme et scandaleux. Les causes de la misère, de la délinquance,des handicaps sociaux,de l’alcoolisme, de la drogue, des dérives mentales,etc..SONT CONNUES, ARCHI-CONNUES.

Elles fleurissent dans nos sociétés de consommation basées sur la divinité financière et donc sur la lutte féroce de l’égoïsme et de l’écrasement des faibles. Pourquoi tolérons-nous cette société méprisable, sinon parce que nous en profitons ?

Ainsi la machine est bien rôdée : tant bien que mal nous trouvons notre place dans ce monde immoral , et nous soulageons nos consciences en signant des chèques au profit des associations qui empêchent les pauvres de mourir ou de se révolter.

Je suis conscient d’être injuste à l’égard des associations. Elles sont parfois dans la rue courageusement mais peut-être plus pour exiger des subventions plus élevées que pour crier l’injustice, le scandale,l’ignominie des possédants.

Pourtant il y eu l’abbé Pierre et ses colères !Et le mouvement Amitié Quart-monde qui dénonce l’intolérable. Il y a les courageux animateurs des associations en faveur des sans toit, des sans papiers, des chômeurs, des sans droits. J’admire sincèrement ces amis et ne voudrais en rien me montrer injuste à leur égard !

 

J’aimerais revenir sur le fameux devoir de réserve. Comment peut-on s’y soumettre si facilement ?

Prenons l ‘exemple des aumôneries : hôpitaux, armées, prisons.

Dans ces grandes institutions on trouve normal d’être condamné au silence.

L’Etat autorise la présence d’aumôniers jouant un rôle moral et célébrant des services religieux. En échange de quoi, rien ne doit filtrer des dysfonctionnements internes. A la rigueur, l’aumônier s’autorisera à de discrètes démarches auprès de son supérieur hiérarchique.

C’est mince quand on sait ce qui se passe dans les prisons. Quand à l’armée l’apparente soumission des aumôniers à cet ordre militaire, m’a toujours scandalisé.

Il fut un temps où l’aumônerie des prisons fit le choix de la rupture avec le devoir de réserve. Quatre d’entre eux, de suite après les grandes révoltes de 74 , décidèrent d’alerter la presse et de sensibiliser les églises. Et durant des années, ils dénoncèrent les conditions scandaleuses de l’enfermement. Ils revendiquèrent cette information du grand public et leur droit à l’interpellation des responsables du judiciaire et du pénitentiaire. Très mal vus à l’origine, ils obtinrent peu à peu le respect de leur clause de conscience. Les aumôniers d’aujourd’hui ne sont-ils pas rentrés dans le rang ?

Je ne sais que dire concernant les aumôniers d’hôpitaux. J’espère seulement qu’ils sont présents dans la rue, lorsque la profession toute entière réclame des conditions décentes indispensables au bon fonctionnement des soins.

 

En conclusion j’aimerais appeler à la réflexion et à l’engagement.

On ne devient pas délinquant par pure perversité morale ? On ne tombe pas dans la dépendance à l’alcool, à la drogue, au tabac par hasard.

On ne passe pas ses nuits dans la rue, sur quelques cartons par plaisir ?

On ne fuit pas son pays d’origine où l’on a été persécuté par tocade.

On n’est pas un lâche quand on se suicide accablé de dettes, menacé par les huissiers.

Nos sociétés occidentales sont immensément riches. Nous dévorons allègrement 60% des ressources du globe. Non seulement nous exploitons

le tiers monde mais nous laissons dans nos propres pays des millions de gens sous le seuil de pauvreté.

La grave crise financière internationale n’est-elle pas à imputer à nos folies

de «  joueurs » accrocs et escrocs ?

Nos consciences citoyennes, chrétiennes ou non, se réveilleront-elles ?

 

Des actions massives, non-violentes, voire silencieuses, pourraient faire entendre notre objection de conscience au désordre social actuel.

Il faut parler, interpeller, protester, agir.

Nous sommes nombreux, mais dans l’ombre. Montrons-nous !

                            Jean  Hoibian

 

 

 

Tag(s) : #Société

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