Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

100_0793.jpgDE QUOI JE ME MELE !

 

Que de monde ! il faut prendre la file !

Nous sommes venus bien avant l’heure car nous savions qu’avec les lunettes spéciales louées sur place, il était prudent d’être dans le fond de la salle. Celle-ci se remplit très vite d’enfants joyeux et excités, qu’accompagnent des adultes, surtout des grands-parents.

Tout le public enfantin est au courant : nous allons voir le TOY STORY N° 3. Je suis donc handicapé, ignorant tout des films précédents.

Et boum, le spectacle s’impose ! le son est au maximum et les personnages ne font rien au ralenti. Tout est speed à me donner le vertige ! Pas un temps de silence, pas de sentiments réfléchis.

Nous sommes entrainés à toute vitesse dans une aventure collective qui doit aller droit au but !

L’histoire est ancienne et classique : les jouets chéris d’un petit garçon risquent la poubelle.

 On sait qu’en grandissant, les ados font table rase de leurs nombreux  jeux enfantins. Pourtant, ce n’est pas sans un brin de nostalgie. On conserve avec amour telle poupée, tel nounours, telle locomotive ou voiture de course. Mais tous les autres deviennent insignifiants…

 

Les jouets de Story 3, qui se savaient très aimés par l’adolescent qui part à l’Université, ne peuvent pas croire à son ingratitude. Pourtant ils entendent les adultes parler de dispersion. Que décides-tu pour tes jouets ? en donner à gauche, à droite, à des enfants nécessiteux ? à une école maternelle ? ou plus radicalement remplir la poubelle ?

 

Ces jouets sont extraordinaires : non seulement ils parlent, mais ils sont intelligents et volontaires.

Un bon point pour le film : ils décident de rester unis. Tous pour un , un pour tous ! Et ils refusent le fatalisme. Ils vont donc agir avec une pugnacité qui les rend très sympathiques.

Jusque là, mon esprit critique ne trouvait guère à s’exercer. En dehors de la puissance du son et de vitesse de réaction des personnages (un peu comme si nous étions tous menacés par un sinistre imminent…) je comprenais la séduction exercée par les personnages sur le public enfantin.

Mais tout se complique. On entre dans un monde très proche de notre société. Il y a des jouets très méchants, qui ont acquis des pouvoirs.

(par quelles magouilles ? excusez- moi j’ai dû m’assoupir quelques secondes !). Et voici nos jouets sympas plongés dans un climat d’horreur :

Les voici battus, menacés, enfermés dans des cellules étroites de style Louis XI. Pour les récalcitrants : le mitard !

Autour des murs d’enceinte de cette sorte de prison, des voitures blindées patrouillent. Au sommet des murs, miradors et projecteurs !

Mes années d’aumônerie de prisons me révulsent à nouveau l’estomac. Les enfants ont-ils besoin de cette vision menaçante ?

 

Ce n’est pas tout !

L’apothéose du film (pour moi, l’apocalypse) se situe dans une immense usine de traitements de déchets. Sur d’immenses tapis roulants, nos chers jouets subissent des tris brutaux. Ils échappent miraculeusement à toutes les fosses et réussissent à ne pas se perdre de vue. Bien entendu, ils vont s’en sortir ! Happy end à l’américaine..

 

Mais, qu’on veuille bien m’excuser, loin de partager les rires juvéniles, j’ai été pris moralement de nausée.

Car enfin tous ces camions déversant leur chargement de jouets, ces pelleteuses géantes malaxant les « ordures » mélangées avec les pauvres jouets humanisés, avec en fin de scène un four géant, ça ne vous rappelle rien ?

Les créateurs de ce film, ont-ils voulu céder au réalisme ?

Bien sur,c ’est notre époque, l’enfermement, la torture, l’exclusion, le génocide…

Lorsque les bambins du cinéma, seront en classe de seconde, leurs profs leur expliqueront la sinistre histoire des Goulags soviétiques et des camps d’extermination hitlériens.

D’ici là, le monde continuera à exclure, à tuer, à plonger des populations immenses dans la déportation ?

Ethnies méprisées, comme les jouets usés et vieillis du film ?

 

 

A la sortie de cette très longue séance de cinéma, j’étais fourbu et

bouleversé. « ça t’a plu Papou ? » - « pas trop, et vous ?

 

Au retour les petits ont réclamé la 18 à la télé.

J’ai subi des histoires de personnages grimaçants, excités comme des puces, souvent insolants et délinquants.

 

Je ne veux pas généraliser. De temps à autre, une séquence de qualité.

Alors pour nous « désintoxiquer » j’ai proposé le C.D. de KIRIKOU.

Beauté, fraîcheur, tendresse, altruisme.

 

« Plus on devient vieux, plus on devient bête » chantait Brel

Oui vraiment, de quoi je me mêle ?

 

Montélimar  le 31 Août 2010            Jean  HOIBIAN

 

Tag(s) : #La vie tout court

Partager cet article

Repost 0