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Mes voisins sont partis, je me sens seule.

 

Ca s’est passé ce matin, tout près de chez moi.

En me réveillant lentement, j’ai entendu ce matin plein de bruits de voix par ma fenêtre. J’y suis habituée, c’est mes voisins roms qui font toujours la fête. Tout d’un coup, un déclic dans ma tête : c’est le matin, et d’habitude, c’est très calme de leur côté à cette heure-ci. Que se passe-t-il ? Pressentant quelque chose de mauvais, je cours à ma fenêtre. Il fait nuit, je devine des silhouettes en train de s’affairer partout. Les gendarmes toquent aux portes, les roms plient bagage et fuient. Je ne vois ni interpellation, ni bagarre, ni violence. Inquiète tout de même sur la façon dont ça peut se passer (je sais que lors de l’évacuation d’un campement à Montreuil, tous les hommes – Roms et « soutiens » – ont été placés en garde à vue), je descends en vitesse. Dans ma rue des cars des CRS. Je me sens seule à 7h devant une ligne de gendarmes qui refusent de me laisser passer pour voir de plus près. On ne passe pas, la rue est bloquée. Aucun autre quidam venu se rendre compte de ce que peut être une « évacuation de squat », comme on me l’indique.

Les Roms s’en vont/s’enfuient par l’autre côté de la rue. Pour y accéder c’est 15 minutes de marche ; trop long décidé-je et je remonte chez moi. Une petite grue attend au coin de la rue. Fini le paysage bigarré derrière chez moi.

De mon appart j’observe le campement rempli de gendarmes. Je me sens seule à 8 heures du mat devant ma fenêtre. Personne d’autre n’est curieux, aucune fenêtre de mes voisins d’immeuble ne s’éclaire. Quelques Roms reviennent chercher des affaires. Silence et précipitation.

Du côté de mon appart qui donne sur la rue, je peux voir des cars de CRS qui arrivent encore, un canon à eau. Pourtant plus aucun Rom. J’ouvre en grand mes fenêtres et je fous mon disque de musique tzigane à fond. Marre de ce silence. Je me sens seule. Fini de profiter de leur musique tous les soirs quand je rentrais du travail.

Je me prépare pour partir au boulot. Le campement et la rue sont encore complètement squattés par les forces de l’ordre. On me refuse encore le passage, mais comme j’explique que le détour me fera arriver en retard, on me laisse passer. Par le trottoir d’en face ; et les collègues du CRS qui m’a laissé passer lui crient : « Accompagne-la ! Accompagne-la ! » Bref je passe au milieu de tous. Aucun quidam. Aucun journaliste. Ca s’est fait dans le calme, c’est du bon boulot. Voilà ce que je comprends dans les attitudes de tous ces flics.

Sur le chemin du RER pas un Rom, nulle part. Pas une Chinoise non plus, alors que j’en croise des dizaines tous les jours qui vont travailler dans l’usine en face de chez moi… Ah aussi : personne (à part quelques flics) devant la mairie pour protester.

Ce qui se passe est normal, on a fait du bon boulot. Ces gens-là ne vivent pas comme nous, ils ne veulent pas s’adapter, ils volent, ils mendient, ils l’ont bien cherché, ils ne respectent pas les valeurs de notre société. Pourquoi je ne me sens pas très bien ? C’est quoi cette boule dans ma gorge ? Conditions de vie déplorables, risques d’épidémies, enfants non scolarisés, nuisances sonores. Eh bien moi, j’aimais avoir ces voisins derrière chez moi. Ca respirait grave derrière chez moi. Des voix, des odeurs de feu, de bonne bouffe, des couleurs, de la chouette musique. Je me sentais entourée, moins seule. Moins seule surtout que ce soir quand je vais rentrer et que je vais découvrir le camp dévasté, terrain vague boueux j’imagine.

Voilà tout ce que je vous raconte là c’est qu’une histoire de sentiments, ce qui se passe dans ma tête. Suis-je si différente des autres ? Pourquoi j’étais toute seule ce matin devant la ligne des flics ? Mon cœur est si loin de la réalité.

 

Anne

 

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Tag(s) : #Société

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