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EVOLUTION  DE  MES  CONVICTIONS PROTESTANTES.

2ème partie.


 

En résumé, le Dieu Tout Puissant, qui décidait de tout dans notre vie : bonheur ou malheur, santé ou maladie, prospérité ou indigence, vie et mort, nous offrait un pardon gratuit mais suspendu à une observance étroite du fameux Décalogue et de son aggravation par Jésus dans le Sermon sur la colline (« Et moi je vous dis…)

L’Evangile qui pour moi est un texte libérateur, devenait pour chacun de nous un corset de moralisme et d’anxiété.(Ô mes terreurs de préadolescent à l’éveil de la sexualité…).

 

Heureusement la plupart des paroissiens dotés d’un solide bon sens, relativisaient la proclamation névrotique du Prédicateur.

Dans la douce ambiance familiale de nos foyers bourgeois, «  le Dieu des Armées, »  retrouvait son humanité. On le priait simplement en famille ou chacun dans sa chambre, comptant sur sa bonté pour nous aider à supporter les vicissitudes de la vie.

Nous aimions ce dieu qui nous aimait, mais bien des évènements contredisaient les passages de l’Evangile où le fidèle est invité à « frapper, afin qu’on lui ouvre » et à demander avec insistance pour obtenir satisfaction.

Notre mère régulièrement s’habillait de noir et partait en Suisse pour le deuil d’un frère ou d’une sœur. Une fois de plus le cancer avait frappé. Des 7 membres de sa fratrie, elle fut la dernière à en mourir.

De  retour des obsèques, Maman, les yeux rougis, dominait son chagrin et se soumettait à la volonté divine. Plus tard quand mon père fut acculé à la faillite, par la concurrence impitoyable des premiers grands magasins concurrents, mes parents se résignèrent, sans se plaindre.

« Dieu pourvoira. »

 Il ne fallait en aucune occasion se plaindre de ce dieu qui avait ses raisons .Pas question d’analyser leur malheur sur un plan politique. Mon père dans son excès de soumission vis-à-vis des Pouvoirs, dans sa trop grande humilité à l’égard des riches bourgeois de la paroisse, me mettait mal à l’aise.

Mais, à l’époque, les parents ne partageaient pas leurs soucis avec leurs enfants.

Pendant des années le commerce familial nous avait permis de vivre comme des privilégiés : une très belle maison, de beaux meubles, un jardin, des domestiques.

A l’époque des vaches maigres comment se plaindre, alors que l’affection familiale nous tenait au chaud ?

Etouffant un peu dans ce cocon de tradition suisse et alsacienne, je m’évadai dans le scoutisme. J’y découvris un idéal chrétien viril, joyeux et tourné vers le service. Le Christ devenait une icône se révélant dans la nature : les feux de camp, les nuits de silence et de mystère, les longues marches, l’aventure, nous éloignaient des tentations urbaines de bas étage. Jésus avait apprécié tout cet engagement, cet éloignement de soi-même au profit des autres. Ma foi devint personnelle. Elle était simple et lumineuse. J’aimais la vie de responsabilité que m’offrait le scoutisme.

Puis ce fut l’effondrement de notre bonheur. Maman fut à son tour atteinte d’un cancer et après plus de deux années de souffrances et trois opérations, elle mourut. Mon père ne se releva jamais du départ de cette femme qu’il adorait. Leur entente était parfaite. Papa deux fois frappé (son épouse et son commerce) n’en rendit pas son dieu responsable. Mais il ne pût jusqu’à sa mort, des années après le départ de maman, se départir d’un immense et visible chagrin.

 

Je veux passer rapidement sur mon arrêt des études pour raison de crise financière familiale ; mon entrée dans le monde du travail par la porte humiliante des sans qualification, mon mariage précoce dans le tourbillon de la guerre, mon refus d’aller travailler pour les nazis, la chance d’une affectation par réquisition dans le service de l’apprentissage des jeunes en province, le retour à Paris dès la libération, et le questionnement lancinant : ce Dieu mystérieux qui m’a accompagné, protégé, conseillé, durant ces dures années de deuil, de dangers, de vie de couple perturbée, voudrait-il de moi pour le service de l’Evangile ?

Les évènements se sont précipités sans que j’en domine réellement le processus : obtention d’une bourse d’étude qui me permit de passer rapidement l’indispensable bac philo, puis une licence en théologie.

La sécheresse des études théologiques m’auraient presque conduit à l’abandon si je n’avais fait la découverte du monde ouvrier.

Appelé à diriger une colonie de vacances pour des enfants d’Aubervilliers, je subis une nouvelle et brutale conversion.

Ma vocation pastorale assez confuse pris tout son sens : Dieu m’appelait à me mettre au service des plus pauvres. J’avais découvert à la colo les gosses merveilleux d’Aubervilliers. Au Foyer protestant  qui venait d’ouvrir, dans cette ville, je fus chargé de débuter une action missionnaire en plein milieu ouvrier.

Ma théologie fort incomplète ne pu amortir le traumatisme que me causa la misère prolétarienne.

 Je me sentis coupable d’avoir vécu sans états d’âme une vie de bourgeois privilégié. Pourquoi Dieu m’avait-t-il donné une famille merveilleuse, des parents aimants, une éducation chrétienne et la force du scoutisme ? alors que tout était refusé à ces milliers de familles dans cette banlieue-poubelle où des rats gros comme des chats trottaient dans les rues crasseuses en plein jour ?

Comment la société, comment l’Eglise, pouvaient-elles tolérer une telle injustice ? dans le sillon des prêtres-ouvriers je plongeai dans la conscientisation politique. Dieu ne voulait pas cela. Il n’en était pas responsable !

Dans ma théologie personnelle le dieu tout puissant, contrôlant  la marche du monde, disparut. Je le vis en la personne de Jésus, serviteur des hommes et non leur maître.

Et avec quelques copains nous plongeâmes avec enthousiasme dans une confrontation de l’Evangile du Christ,( non de  la religion protestante !) avec la société capitaliste.

 

Impossible d’être fidèle au Christ sans s’engager politiquement. Et forcément à gauche ! Le contenu de la foi que nous voulions répandre avait pour noms, l’amour, la solidarité, la justice !

Qu’elle était loin la paroisse bourgeoise du Raincy avec ses rites, ses coutumes, ses déclarations de foi, complètement coupées du monde du travail, des luttes sociales, des positionnements «  patriotards », xénophobes et militaristes.

 Que c’était bon de vivre en compagnonnage avec un Jésus charpentier, ami des petits, des pauvres, des victimes de tous les maux sociaux. Ma réflexion théologique s’infléchissait vers la responsabilité chrétienne vis-à-vis du monde, délaissant presque totalement le domaine de l’au-delà. L’espérance de libération ouvrière rejoignait les promesses de résurrection initiées par Jésus.

C’est ainsi qu’au travers d’activités plus sociales qu’ecclésiales je vécus mon ministère pastoral. J’eus la chance de n’avoir jamais à solliciter un poste, suite au ministère ouvrier à Aubervilliers. On m’offrit successivement la direction d’une école d’apprentissage, puis d’un très important foyer de jeunes avec un éventail d’activités pour les adultes. Toujours de l’action !

Peu de temps pour se ressourcer théologiquement.

Mais la foi n’est pas qu’évasion métaphysique !

 

Durant toutes ces années d’engagement social et culturel j’eus à réfléchir sur l’inadaptation du message chrétien à intéresser  une société sécularisée. Mon église était absente des combats de la classe ouvrière. Elle réfléchissait sur la Shoah pour des raisons humanitaires plus que politiques ; aussi pour la raison d’une proximité religieuse avec le judaïsme. Mais elle restait muette à l’égard du Goulag, des guerres d’Indochine et d’Algérie, sauf dans un journal comme « Réforme », mais jamais au cours des Cultes. Je souffrais intérieurement de ce qui m’apparaissait (et encore aujourd’hui) comme une trahison de la mission chrétienne. Jésus dans les évangiles nous appelait à nous engager dans tous les combats pour la justice et la dignité humaine.

A Aubervilliers j’avais reçu un soutien solide de jeunes gens dont les familles appartenaient à la H.S.P. Que dire à ces jeunes privilégiés lorsqu’ils me questionnaient sur le sens de la vie ? Appelés à devenir des cadres de l’Etat se souviendraient-ils de leur indignation de moniteurs de la colonie de Devesset, en découvrant la misère matérielle et culturelle des « petits enfants d’Aubervilliers » ? Plus tard nommé cadre à la Société « l’Air liquide » je découvris un esprit de caste et une détestation du communisme. Sur quelle route se trouvait Jésus, mon frère, mon compagnon d’humanité ? La société dite chrétienne, devait-elle maintenir la ségrégation entre possédants et exploités ? Je scrutais les évangiles, les psaumes et les prophètes, pour justifier et faire partager si possible mon indignation !

 

J’eu le bonheur de refaire ma vie .Ma nouvelle femme était une infirmière intelligente, chrétienne protestante « engagée » politiquement et socialement. On m’appela en province pour diriger un centre de formation chrétienne et de recherche théologique.

Enfin m’était donnée l’occasion de recentrer ma foi, de faire le point en liant toute mon expérience sociale avec les nouveaux courants théologiques d’origine allemande ou anglo-saxonne, qui timidement s’introduisaient en France.

 

16 juin 2011             Jean  HOIBIAN

 

Tag(s) : #Foi

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