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EVOLUTIONS DE MES CONVICTIONS PROTESTANTES. 3ème partie

 

Je me mis à lire Bonhoeffer, Bultmann, Robinson, Cox, Tillich, etc..

Ainsi je subis l’assaut de théologies opposées à la puissante et monolithique  Dogmatique de Karl Barth.

Je découvris combien les travaux d’analyse des textes bibliques avaient progressé depuis mes années de Fac. Par la méthode historico- critique, les exégètes mettaient à plat les innombrables contradictions qui apparaissaient au travers des textes dits « sacrés ». On essayait de replacer les écrits dans le contexte historique, géographique, sociologique. On faisait appel à des linguistes, des sociologues, des archéologues.

Et l’on osait poser des questions capitales :

Qui a rédigé les textes bibliques ?

Ces textes ont-ils une valeur historique ? Ne sont-ils pas plutôt des écrits d’apologétiques voulant transmettre un message ? Pour un grand nombre d’entre eux, ne sont-ils pas plutôt des récits mythologiques, parfois empruntés à des cultures religieuses répandues dans des contrées proches de la Palestine ?

Je compris que ma relation de foi avec la Bible devait échapper à une lecture littérale. Pour continuer à être nourri par les préceptes de l’Ancien et du Nouveau Testament, il me fallait consulter les savants Commentaires, m’apportant le sens des mots, la signification des sentences et des récits, d’après les langues des rédacteurs : l’araméen, l’hébreu et le grec .Ma prédication devenait une recherche patiente et

exigeante. J’éprouvais souffrance et bonheur à découvrir un nouveau visage de Dieu.

 Je compris que l’essentiel était contenu dans les quatre évangiles, où un homme vraiment homme, apportait à l’humanité une libération.

 

Celui qui se désignait lui-même comme « le Fils de l’Homme » proposait avec douceur et respect à tous ceux qui voulaient le suivre, d’inventer une autre manière de vivre :

Echapper aux objectifs qui étouffent nos vies : la richesse, le pouvoir, l’égoïsme, les jouissances non contrôlées, l’orgueil, la priorité de l’avoir sur l’être.

Jésus défendait l’idée capitale que l’angoisse de nos culpabilités, de l’obsession du culte narcissique et de la mort, étaient dissoutes dans la volonté divine de pardon et d’amour inconditionnel.

Dieu, dont personne ne pouvait parler avec assurance et familiarité, n’était pas une divinité toute puissante Je comprenais l’argumentation des révoltés contre lui, déçus de ses nombreuses absences dans les périodes de souffrance. (J’évoque ici les situations terribles de désespoir des camps de concentration ou des goulags, aussi les montagnes de cris et de pleurs qui résultent des famines, des cataclysmes naturels.) Apparemment, point de réponse ! Or

Dieu n’est pas responsable de toutes ces souffrances. La plupart du temps elles résultent des erreurs, des fautes, des mauvais choix, des folies humaines.

 Dieu par la parole et l’engagement de Jésus, devient notre amour le plus proche. Ce Dieu que j’aimais, mais aussi que je craignais dans mon enfance devint une présence intime, un confident plein de douceur. Plus tard, je le ressentis même comme un souffle lové à l’intérieur de moi-même. Au travers de tous les démentis du discours mondain, il me redonne vie après chaque douloureuse démonstration de ma faiblesse à maîtriser ma vie

Durant ces cinq années à Glay, qui furent sans aucun doute le temps le plus heureux de ma vie, je traversai des jours et des nuits de turbulence métaphysique. J’en sortis libéré et « grandi », grâce aux mille activités qui réclamaient ma présence. Le Centre avait vocation de former les pasteurs et les laïcs responsables, pour vivre leurs convictions chrétiennes DANS LE MONDE, DANS LA SOCIETE. Je faisais venir des conférenciers de haut niveau pour introduire de longs débats sur deux jours ou plus.

Ils nous aidaient à confronter notre foi (nos convictions) à toutes les disciplines organisant (ou prétendant faire….) la France, l’Europe, le monde : économie politique, civisme, histoire, sociologie, technologie, syndicalisme…

J’appris beaucoup et je fis le choix définitif de donner priorité à la praxis évangélique, sur l’orthodoxie.

Même pour un chrétien, le monde peut être qualifié d’absurde. La fameuse « accélération de l’histoire », est une image dépassée par les vitesses fulgurantes de techniques nouvelles comme l’informatique.

Les valeurs humaines sont considérées comme dérisoires par les manipulateurs de la bulle financière mondiale. On va donc vers une augmentation scandaleuse de la pauvreté dans tous les pays du monde. Dans cette situation que personne ne semble capable de maîtriser, le citoyen ordinaire adopte une vie (ou une survie) automatique, dépourvue de sens. Comment être heureux quand, autour de soi végètent des smicards, des chômeurs, des gens sans toit ?

Pourquoi « pousser » ses enfants dans les études, sachant la rareté des emplois stables et bien rémunérés ?

Quelle retraite pourra être attribuée aux actifs d’aujourd’hui ?

Ecosse avril 2010 murs d'eau

L’avenir du monde semble tragiquement compromis dans des guerres sans fin, ou surgissant brusquement dans telle région de la planète, sans justification raisonnable.

Alors si ce monde est voué au non-sens, au non-droit,

si la vie individuelle semble programmée pour une constante régression de l’humain, à quoi bon lutter ?

 

Sauf, si regardant la vie apparemment insignifiante de Jésus, on la perçoit comme un appel à retrouver du sens dans l’approche, l’écoute,

l’échange avec les femmes et les hommes de son temps.

Jésus,après une vie de travailleur manuel doublée  d’une ardente recherche intellectuelle et éthique, reçoit en lui la vision d’un autre monde, où le souci de l’autre « gommera » le narcissisme naturel.

Et ce goût des autres, il va par altruisme, l’orienter en priorité vers les blessés de l’existence. Il va donner de la vie, de l’espérance, de la fraternité, de la reconnaissance, de la joie, aux malades, aux exclus, aux stigmatisés, aux « humiliés et offensés », aux « petits », aux pauvres !

Je sais qu’il y a mille façons d’entrer dans cette libération du narcissisme destructeur. Dans tous les secteurs d’activités ce combat pour l’humain est possible. Et j’en respecte tous les acteurs conscients de leurs responsabilités.

Mais il se trouve que c’est le secteur social qui a retenu mes suffrages.

Le Dieu-souffle et le Christ du tombeau vide m’ont accompagné dans un court épisode paroissial, juste avant que je ne plonge dans l’univers carcéral.

 

« On tombe en prison », cette expression est très juste ; qu’on soit incarcéré, ou qu’on y pénètre avec une mission d’intervenant, le choc est inévitable. Ayant organisé à plusieurs reprises des visites « intégrales » de prisons, j’ai vu des avocats, des éducateurs, des bénévoles de l’ARAPEJ, pleurer à la sortie. Il faut dire que la France est bien placée dans le registre des lieux d’enfermement les plus sordides d’Europe !

Sur la demande de l’ERF, j’ai été nommé aumônier de la Santé et de l’hôpital national pénitentiaire de Fresnes.

 Aucune formation ne me fut proposée. Depuis trois ans je visitais tous les samedis matins la récente et immense prison de Fleury- Mérogis. Ma première visite en cellule fut la rencontre d’un jeune protestant soixante-huitard. Cet étudiant très sympathique, mais un peu fou, avait voulu voler des armes à un armurier pour faire « la révolution ». (Nous étions en 1970). Le propriétaire s’étant défendu, le jeune, tremblant de peur, avait tiré et blessé son adversaire. Je fus, plus effrayé que lui !, par la très lourde peine qu’il allait devoir subir. Je m’attachai à lui et le suivit durant des années. (Mais ceci est toute une histoire)

J’avais tout à apprendre des mécanismes implacables de la Justice et de l’administration pénitentiaire.

 Quel était mon rôle ? Qu’attendait-on de moi ? Très vite, je fus révolté par le système. Au-delà du principe de protection de la société, et du respect du Code pénal, l’entreprise judicaire m’apparut comme marquée du signe de la vengeance.

L’aumônerie des prisons était comprise à l’époque comme une mission auxiliaire, voulue par la société pour punir, humilier, briser les « malfaiteurs ». J’étais chargé d’amener le « coupable » à la repentance !, contribuant ainsi au bon fonctionnement de « La Santé », où je fus nommé à plein temps le 1er septembre 73.

Au bout de 3 semaines je fus convoqué chez le Directeur qui me déclara être très étonné par la rapide augmentation du nombre de détenus inscrits pour le « Culte », par l’étrangeté de mes propos, et me rappelant qu’il attendait de moi une COLLABORATION incluant la dénonciation des mauvais comportements et des esprits rebelles de ma « clientèle ».(en principe des protestants déclarés à l’entrée, mais très vite, le bouche à l’oreille fonctionnant, je me vis sollicité par de nombreux détenus désireux de m’entendre. J’eus du mal à persuader le directeur de la distinction entre évangélisation et  culte traditionnel !)

 

25 JUIN 2011              Jean  HOIBIAN

Tag(s) : #Foi

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