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S100 2201urvie de l’Église

A lire nombre de réactions de prêtres ou de pasteurs, il est évident que l’inquiétude de voir l’Église disparaître, sinon de ne plus jouer le moindre rôle dans la société est de plus en plus grande. Les raisons avancées sont diverses.

Les unes se centrent surtout sur le langage suranné qui sévit dans les Églises. Des tentatives sont alors faites pour actualiser par exemple les textes bibliques ou la liturgie. (Parmentier ?)

Ce sont souvent les croyances affichées, qui sont en total décalage des connaissances et avancées scientifiques actuelles. La réponse pour sauver ces croyances consiste à réhabiliter l’importance du mythe qui est perçu non comme   symbole, mais comme discours utilisé pour exprimer l’indicible. On sait bien que le mythe ne décrit pas la vérité des choses mais comme il exprime une vérité dont on ne sait pas parler, le mythe est utile. (Elian Cuvillier dans son livre Mythes grecs, mythes bibliques ?)

Enfin la raison invoquée pour décrocher des Églises est aussi le fait qu’elles  semblent trop facilement cautionner les injustices sociales en restant silencieuses. (Voir les dénonciations d’Ellul ).

Ces trois raisons ne sont que la conséquence d’un état de fait et non la cause. Danièle Hervieu-léger a fait la démonstration de l’ex culturation de l’Église catholique[1]  dont  les références, les valeurs, les représentations, le personnel sont sortis du champ social. Le protestantisme historique est en train d’en faire autant. Évangile et Liberté est la seule voie dans laquelle se sont engagés quelques théologiens pour résoudre le problème en optant délibérément à une adaptation à la sécularisation. Les évangéliques sont dans le champ social des personnes démunies culturellement et répondent à une demande sécuritaire, exactement  comme le font les musulmans et …Marine Le Pen. Le christianisme devient alors une secte attardée sur le chemin.

Marcel Gauchet semble bien poser le problème des véritables causes du « désenchantement du monde ». La société fonctionnait en référence à ce qu’il appelle l’hétéronomie. L’imaginaire qui assurait la cohésion sociale était en référence à la transcendance, à la religion. A partir du moment où, grâce à la modernité du dix huitième, s’est amorcée la référence à la loi établie par le peuple pour gérer les relations, à l’histoire qui prenait la place du destin, à l’avènement de la démocratie, on n’avait plus besoin de la religion puisque la transcendance était sécularisée. Du coup, les églises se vident.

La question qui se pose aujourd’hui est celle du sens dit Tillich. Pas celle de la mort qui préoccupait les anciens. Pas celle de la rédemption qui, 15 siècles plus tard, angoissait  Luther et la sortie du moyen-âge. Notre question, notre angoisse,  c’est celle du réchauffement climatique, celle de la mort prévisible du capitalisme vu ses crises à répétition, celle de l’individualisme sauvage et consumériste qui annihile toute tentatives du « vivre ensemble » et nous met dans le mur de la raréfaction prévisible des énergies fossiles.   

Comment donner du sens ?   Par la réflexion ? Par une analyse rigoureuse ? Par un discours théologique adapté à notre époque comme celui de John Cobb ? Cela ne suffit pas ! Il faut qu’un processus révolutionnaire s’engage pour tenter d’actualiser une utopie fondée sur l’espérance du royaume. C’est donc d’une nouvelle pentecôte qu’il s’agit.  

Cela commencerait sans doute par un combat pour abolir le pouvoir des gestionnaires de capitaux, pour promouvoir l’encadrement  de l’économie par des institutions financières publiques, une révision totale de la politique des revenus, une refondation des relations économiques internationales basée sur la coopération solidaire des peuples. Bref ! Un combat révolutionnaire pour la mort du capitalisme néolibéral qui a privatisé les États au seul profit des riches. Nous serions alors fidèles au  prophète  Amos : «  Ils ont vendu le juste pour de l’argent, le pauvre pour une paire de sandales ». (Amos 2, 6)

Vaste programme que les Églises ne sont pas encore disposées à entreprendre. Mais cela viendra avec la super crise.

Hugues Lehnebach



[1] Catholicisme, la fin d’un monde, D. Hervieu-Léger, 2003

Tag(s) : #Eglise

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