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Souvenirs d’enfance d’un petit paysan (2nde partie)


(le petit paysan c’est votre grand-père quand il était enfant)


auteur : Jean-paul Bournac



Mes parents connaissaient beaucoup de monde et avaient beaucoup d’amis. Mon père aimait pêcher les truites, ou bien les petits poissons pour la friture. Il allait aussi à la chasse.

A la fin de la journée de chasse, il y avait le repas de chasseur. C’était la fête.


L’été, lorsque le blé était mûr et qu’il avait été ramassé dans les champs sous forme de gerbes, la batteuse arrivait dans la ferme du maire.

Les paysans voisins venaient donner un coup de main, parce qu’il fallait beaucoup de monde pour tout ce travail. Il y avait beaucoup de solidarité entre voisins.

Ce qu’on appelait la batteuse était un ensemble de machines tirées par un gros tracteur.

Ces machines étaient placées les unes derrière les autres et reliées entre elles par de grosses courroies en cuir entraînées par le tracteur. Cela faisait un ensemble assez long. Il y avait du bruit et beaucoup de poussière.

Il y avait la batteuse proprement dite, dans laquelle on mettait les gerbes. Là, les épis étaient secoués.  Le grain tombait dans des sacs qui étaient emportés au grenier à dos d’homme.

La paille était compressée en ballots dans une machine qui s’appelait la presse. Il fallait récupérer les bottes de paille à mesure qu’elles sortaient de la presse. Elles étaient ensuite entassées sous un hangar


Le fils du maire, Pierrot,  était mon copain. Il habitait à cent mètres de l’école. Lui et moi allions porter à boire des « canons » aux ouvriers de la batteuse.

Comme pour les parties de chasse, il y avait un repas que partageaient tous ceux qui avaient travaillé. C’était très sympathique. Le travail se terminait comme une fête.


Il y avait une autre activité qui regroupait parfois une quinzaine de personnes. C’était au moment où, dans une ferme, on tuait le cochon qui avait été élevé pendant plusieurs mois. Comme cela faisait beaucoup de travail, des voisins venaient aider.

Lorsqu’on saignait le cochon, il poussait des cris aigus. C’était impressionnant. Le sang était récupéré pour faire du boudin. Les différents morceaux du cochon servaient à faire diverses préparations : en plus du boudin, on faisait du jambon, des gratons, des saucissons, de la caillette, du lard et encore bien d’autres plats. Tous ne pouvaient être mangés tout de suite (par exemple le jambon et le saucisson) mais il y en avait que l’on dégustait tous ensemble après la préparation. C’était des repas extraordinaires, par l’ambiance joyeuse, et le bon goût des mets préparés.

Aujourd’hui, malgré mon âge, je serais prêt à faire des kilomètres à pied pour participer à un « repas de cochon »


Avec mon copain Pierrot on s’amusait beaucoup après l’école. On allait dans la colline à côté glisser sur les marnes ; cela ressemblait un peu à des toboggans naturels constitués par de la marne, de couleur gris bleu. La surface était recouverte de petites paillettes très glissantes : on s’asseyait au sommet du « toboggan » et on se laissait glisser jusqu’en bas. Nos culottes n’appréciaient pas trop ce traitement, et nos mamans encore moins.

Nous étions plutôt sales après nos jeux.


A cette époque, il n’y avait pas de douche dans nos maisons. On se mettait droit dans une grande bassine (ça s’appelle un tub) et maman versait de l’eau sur la tête : c’était un peu comme si on prenait une douche. 





A la fin de la guerre, en 1944, un avion allemand est venu mitrailler le village. Ma mère, qui avait sûrement peur que l’avion lâche des bombes sur l’école, nous a fait partir et nous sommes allés nous cacher sous un arbre, à 50 mètres de l’école. Dans la précipitation, ma mère n’avait pas fait attention qu’il y avait là des ruches. Nous entendions les abeilles autour de nous, mais comme nous n’étions pas agressifs, elles ne nous ont pas piqués.


J’avais 6 ans à ce moment là, et comme Christine et Olivier à cet âge, j’étais très maigre. Bien qu’habitant à la campagne, la nourriture était parfois un peu juste. Pour me faire prendre du poids, mes parents me confièrent pendant les vacances scolaires à des amis paysans : je pouvais profiter des bons produits de la ferme : les œufs, le lait, les fromages, la viande de poule et de lapin, et surtout ce que j’appelais le « beurre blanc », c’est à dire le beurre de chèvre., dont je garde un merveilleux souvenir. Il avait un goût très prononcé, mais j’aimais beaucoup ce goût.

Depuis cette époque j’ai souvent essayé d’en retrouver à la campagne. Mais ce beurre ne se fabrique plus depuis longtemps, hélas.

Dans cette ferme, il y avait la grand-mère, la mémé Armand, avec qui j’allais garder les chèvres. C’était un bonheur de partir avec elle, son chien et son troupeau.


Mon père était très adroit de ses mains. Il a fabriqué beaucoup de nos meubles, et il sculptait des tableaux. Je me rappelle, il donnait de petits coups de maillet sur son ciseau à bois, et tous les 3 ou 4 coups, il soufflait pour chasser les copeaux : ff, ff. Je le vois encore en train de sculpter et souffler les copeaux.


Pendant la guerre, on craignait que les Allemands ne réquisitionnent les fusils de chasse. Alors les paysans ont apporté à mon père leurs fusils, et des troncs d’arbre d’à peu près de 2 mètres de long et 20 centimètres de diamètre. Mon père les a coupés en deux dans le sens de la largeur, les a creusés, y a mis les fusils, puis a recollé les deux moitiés et fait un tas avec les troncs d’arbre, dans la cour de l’école.

Personne ne pouvait se douter que les fusils y étaient cachés.


Un week-end, mon père était allé à la foire de Lyon. Il en était revenu enthousiasmé par ce qu’il avait vu et nous l’avait raconté. C’était la révolution dans les matières plastiques. Ce qui l’avait surtout impressionné était le similicuir, ou skaï, utilisé pour recouvrir les fauteuils. « On ne voit pas la différence avec le cuir », disait-il !  Aujourd’hui, je crois que ce matériau n’est plus utilisé pour les fauteuils : il est remplacé par le cuir.


Les personnes qui ont connu mon père disaient qu’il était « un bel homme », grand et costaud. Je sais que lorsqu’il était plus jeune il avait joué dans l’équipe de rugby de Montélimar.

J’ai le souvenir du jour où il fêtait ses quarante ans, en mai 1947. J’avais neuf ans ; papa avait mis un beau costume, et moi je le regardai et le trouvai très beau, j’étais très fier de lui.

Je me rappelle aussi de la fois où nous étions partis pique-niqueur au bord du Roubion, la rivière qui traversait le village. Mon père avait attelé une petite remorque derrière son vélo. Maman avait préparé de la crème anglaise pour le dessert et l’avait mise dans un récipient que tenait un des enfants installés dans la remorque. C’était un drôle d’attelage. A un moment donné, la remorque s’est détachée et a basculé. Nous ne nous étions pas fait mal, mais la crème anglaise est devenue de la crème renversée.


Nous sommes restés dix ans à Crupies. Nous avons déménagé à Montélimar pour mon entrée en 6ième .

A ce moment là il fallait passer le concours d’entrée, alors que maintenant cela se fait simplement si on a un bon livret scolaire.

Le concours se passait à Dieulefit. Mon père m’y a emmené en moto avec maman, qui voulait m’accompagner. Sur la moto, j’étais coincé entre mon père et ma mère.

J’ai été classé 1ier du canton ! La sévérité de maman avait porté ses fruits.


Jean-Paul Bournac

Tag(s) : #La vie tout court

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