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L’éthique du cœur

Y’a plus d’morale, monsieur ! Au jour d’aujourd’hui tout est permis !

Ah ! autrefois, quand nous étions jeunes c’était autre chose !
On respectait les parents, les enseignants, les prêtres, les pasteurs, les gendarmes, et….le gouvernement.
Chez moi, Madame, quand nous étions enfants,il fallait obéir ! Aux repas, les enfants ne parlaient pas, et devaient manger de tout. Pas question de quitter la table sans permission ! Et quand nous avions faits une sottise, la punition tombait : privation de dessert, une paire de claques, voire une fessée, l’exil dans la chambre ou un cabinet noir. Quand la dispute enfantine tournait à la violence et au vacarme, ma mère nous dispersait avec quelques distributions de « martinet » ou de « tapette » à descentes de lit.
Revenions-nous de l’école avec une obligation de recopier 50 ou 100 fois la même phrase révélatrice, loin de nous plaindre ou de nous défendre, nos parents ajoutaient à nos ennuis, remontrances ou seconde punition !

Et sur le plan des mœurs, Madame ! nous étions très contrôlés.
Je me souviens que les écoles primaires n’étaient pas mixtes. A l’occasion du 11 Novembre et du 14 Juillet le directeur faisait chanter aux garçons et filles, en chœur, des hymnes patriotiques. Je le vois encore passant et repassant dans l’espace vide, soigneusement établi par lui entre les filles et les garçons.
Ce contrôle de la mixité était appliqué au catéchisme, dans les mouvements de jeunesse, et dans les églises et les temples on respectait la séparation :
les hommes s’asseyaient à gauche, les femmes à droite.

Il est vrai que beaucoup d’enfants, de jeunes, passaient outre à ces interdits de la morale de l’époque. Ils désobéissaient mais en cachette, sachant fort bien qu’ils avaient tort. Ainsi agissaient d’ailleurs les adultes (en grandissant nous découvrions leurs secrets..) qui pensaient sans doute que les préceptes imposés à l’enfance, ne les concernaient plus ?

Oui, monsieur, tout n’était pas parfait, mais apparemment,l’ordre régnait.
On savait où se trouvaient le bien et le mal. Ce dernier était refoulé, caché. La société affichait ses principes et sanctionnait les défoulements visibles.
Ah ! Mai 68 est une date néfaste ! C’est de là que viennent tous les désordres, toutes les turpitudes,qui détruisent la société, nos familles, l’enseignement, et les institutions !!Ainsi parlent les gens figés dans le passé comme le rouleau témoin coulé dans le béton le jour de l’ouverture officielle du chantier.

Très nombreux sont les auteurs intelligents et compétents qui ont démontré l’importance de cette mise en marche de la société,juste avant, pendant et après Mai 68.Nous n’y reviendrons pas. Les fondements de la vie conjugale, de la sexualité, des droits de la femme,ont été considérablement modifiés. Qui aujourd’hui voudrait revenir en arrière ?

La parole a été libérée ! ce qui ne veut pas dire qu’elle est toujours utilisée avec intelligence. Il n’est que d’ouvrir sa radio ou sa télé pour être convaincu
 du niveau de vulgarité, de bassesse et de mensonge, d’un  grand nombre d’émissions.
  Et cette vague de jougs détruits n’a fait que s’amplifier depuis 40 ans. D’où une certaine panique qui gagne presque toutes les classes de la société.

En tant que chrétien, je me pose la question :
sur quelle éthique s’appuyer pour remettre un peu d’ordre dans la vie familiale, dans le monde scolaire,dans les rapports sociétaux, dans les entreprises publiques ou privées ?
Paul dans une épître, déclare : « Là où est l’esprit du Seigneur, là est la liberté » (j’avais placardé cette belle devise dans la cellule crasseuse de la Maison d’arrêt de «  La Santé », qui me servait de bureau d’aumônier.)
Qu’est-ce donc que cet « esprit du Seigneur » qui nous garantirait la précieuse liberté ?.Jésus, « le fils de l’homme » s’est voulu avant tout serviteur. Il n’a pas voulu appuyer son autorité sur des pouvoirs divins.
Toute la multitude qui l’a suivi, écouté,comme on accepte un guide en montagne, ou un chef charismatique,a été conquise par l’amour des êtres dont rayonnait ses paroles et ses actes.
L’amour, n’est-ce pas le secret de toute vie réussie ? Mais vis-à-vis des enfants, l’amour doit-il exclure toute sévérité ?
Ne parlez pas aux jeunes parents de morale ! Ils l’exècrent ! Je les comprends partiellement. C’est vrai que la morale laïque d’autrefois faite de dictons stéréotypés : »qui vole un œuf vole un bœuf », « pierre qui roule n’amasse pas mousse »,etc.. ;semble inadaptée à notre époque laxiste, en recherche d’efficacité.
De même le Bon dieu sévère qui voit tout et va punir l’enfant rebelle, ou le petit Jésus à qui on ne doit pas faire de la peine ! sont des moyens pédagogiques périmés. Les adultes eux-mêmes n’ont plus la crainte d’un dieu jaloux et coléreux !Ils ont accédé à une foi d’adulte et les plus responsables savent adapter à chaque circonstance une morale de situation.
To-day j’agis de cette manière, to-morrow je réponds autrement. J’agis, je décide, selon ma conscience. Mon éthique est basée non sur des principes, mais sur l’impératif de la justice et de l’amour.
MA CONSCIENCE, voilà le mot clé !
Pour les parents, les adultes, ce terme est clair de sens même si nous ne le respectons pas toujours !
Mais pour les enfants, surtout les plus petits, comment toucher leur cœur ? leur faire discerner ce qui est bien, ce qui est mal ?, ce qui fait de la peine aux parents, au frère ou à la sœur ?
Comment leur apprendre une sorte d’introspection adaptée à leur âge, si on exclue totalement l’existence du Divin ?
Sur quels principes enseigner à l’enfant la conscience, sa conscience ? qui fera lentement de lui , un être responsable attiré par les vraies valeurs :le respect de l’autre, la compassion vis-à-vis des plus faibles, la justice et l’équité ??
J’avoue mon désarroi. Je ne trouve aucune solution ayant joué ma vie sur l’accompagnement permanent d’un guide divin en moi.
Pour ceux qui ne croient pas ( et je leur reconnais ce droit) quelle est la recette ? comment éveiller l’enfant à la conscience de ses droits et de ses devoirs ?

On me répondra par les philosophes grecs, par les grands penseurs du siècle des lumières, par les pères de nos révolutions françaises, par la Déclaration des Droits de l’homme, par la cohorte admirables des philosophes français et étrangers. Je m’incline, mais est-ce facile pour les enfants d’entrer dans tant de pensées abstraites ?
J’ai peur qu’on fasse l’économie d’une vraie réflexion sur la conscience humaine et que, comprenant mal le rejet de Mai 68, des parents démunis ne manient avec contradiction la méthode de la carotte et du bâton…

Pourquoi crains-tu vieil homme ?,chaque génération reçoit, ou découvre ses solutions. Il faut faire confiance à l’avenir.

                      12 Juin 08                   Jean  Hoibian
Tag(s) : #La vie tout court

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