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TRANSMETTRE L’EVANGILE

« Alors vous pourrez  raconter à la génération qui vient, que ce Dieu est notre Dieu pour l’éternité, et qu’Il nous conduit pour toujours. » Psaume 48


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Beaucoup d’écrits dans l’Ancien Testament ( Ancienne Alliance ) font un devoir au croyant de transmettre à ses enfants ses propres convictions.
Le judaïsme est une religion collective. C’est celle d’un peuple avec qui Dieu fait alliance. La piété est familiale. La transmission semble s’opérer tout naturellement de père en fils, de mère en fille. La vie individuelle est liée à celle de la famille, à celle d’un Peuple.
Jésus grand réformateur du judaïsme, insiste sur la personne. Chaque disciple le devient par une adhésion personnelle. On pourrait croire être de ce fait, déchargé du devoir de transmission de la foi chrétienne. Il n’en est rien puisque Jésus appelle chacun au témoignage en faveur de la Bonne nouvelle. Il faut semer, il faut annoncer, il faut dire et vivre l’Evangile.
De toute manière si cette question de la transmission de la foi se pose c’est aussi par désir de faire partager à ceux qui nous sont le plus proche, l’essentiel, ce qui donne sens à notre vie, ce qui nous semble la mœlle de l’os. Transmettre à ceux que nous aimons l’Evangile, c’est une joie, une satisfaction intérieure Non ?. Je t’aime, donc j’ai très envie de te dire cette foi qui me semble la racine de ma vie.
Oui, mais ce qui paraît évident se heurte à des résistances. Je connais avec beaucoup d’autres parents cette situation déconcertante : le fil de la croyance familiale a craqué.
Au fur et à mesure que mes enfants (pas tous…) ont pris dimension d’adultes, ils ont déchiré le cocon du consensus apparent et pris une grande distance avec mes convictions. Pas d’hostilité, non, mais une totale indifférence.
C’est du moins comme cela que j’ai ressenti la coupure, car que sais-je de leur pensée intérieure ? J’ai accepté leurs options et essayé de saisir sur quelles valeurs ils construisaient leurs vie. Et j’ai centré le projecteur sur notre accord profond, des valeurs partagées :convivialité,modestie, accueil de l’étranger,du marginal,souci de justice, refus du racisme,etc.. En résumé, les Droits de l’Homme. Aussi, méfiance vis-à-vis de ceux qui placent leur assurance dans l’argent, la violence, le pouvoir.
De même : amour de la nature, de la vie au plein air, des voyages, du bricolage, des livres. La liste complète serait longue et manquerait de modestie. Car je leur ai aussi transmis une partie de mes faiblesses,de mes failles. En résumé nous avons beaucoup de choses en commun et ce constat me donne beaucoup de joie. Oui, mais, pourquoi pas, la Foi ?
Presque chaque soir, avant d’être terrassé par le sommeil, j’évoque dans la prière mes 6 enfants et mes petits enfants.
Venant d’une famille depuis toujours ancrée dans la Foi protestante, je souffre de cette rupture et je m’en accuse. Ai-je raison ?
Toute ma vie j’ai appelé des gens de tout âge et de toute condition, à la Foi. Et devant mes enfants devenus adultes, me voici muet. Je n’abandonne pas le combat ! mais je ruse, je me faufile dans les conversations, car j’ai essuyé quelques rebuffades violentes…
Je cherche à comprendre depuis des années. J’aboutis plutôt à un questionnement : la Foi est-elle transmissible ? Quelles sont les situations familiales qui favorisent le passage du relais, de la croyance ?
Il m’est venu l’idée qu’un lien pouvait exister entre la personnalité des parents et l’échec ou la réussite de la transmission. Entendons-nous bien. Dans ce débat je fais une nette distinction entre religion et Foi. Cette dernière est pour moi un engagement, pas une attitude de conformité à des traditions.
Je relis cette parole du psaume 48 indiquée sous le titre, j’y ajoute le psaume 78 ; et je dis : quel est ce dieu dont nous devions transmettre l’existence et les vertus ? La dernière guerre mondiale n’a-t-elle pas bousculé considérablement nos croyances ? Je suis de ceux qui ont été bouleversés par les grands massacres (SHOHA, Goulag,guerres coloniales) que les hommes n’ont pas sût maîtriser. L’après-guerre en France, comme en Europe, était marquée par une immense misère du peuple. Le témoignage, l’annonce de l’Evangile, nous ont semblé inséparables d’une action sociale, éducative et culturelle. De ce Dieu Tout Puissant de notre jeunesse, nous n’osions plus attendre grand-chose. N’était-il pas resté muet et impuissant durant les années crépusculaires ? Alors, à la suite des théologiens et….des philosophes, nous nous sommes découvert disciples de Jésus de Nazareth, le Fils de l’homme. Et il nous a conduit sur les routes multiples de l’engagement social, politique, culturel. Je dis nous, car nous étions nombreux à vouloir aimer en actes, servir les « humiliés et les offensés ».
Certains étaient à la Mission populaire, d’autres s’engageaient dans la Société centrale d’évangèlisation.Il y en eut qui refusèrent le salaire pastoral et travaillèrent en usine. Beaucoup ont vécu dans des conditions matérielles difficiles. Mais la population qu’ils voulaient servir souffrait plus encore.
L’injustice sociale était criante, les logements décents, rares. La drogue ne sévissait pas encore, mais l’alcoolisme, oui !
Bref, notre théologie était celle de l’incarnation. Nous ne supportions pas l’injustice, l’exploitation humaine, le rejet et le mépris des pauvres.
Plus tard j’ai vécu l’aumônerie des prisons. J’y retrouvais les enfants de nos banlieues sordides.
Peut-être est-ce là l’explication du détournement de la foi traditionnelle de beaucoup d’enfants de famille pastorale : le Dieu que leurs parents ont annoncé et dont ils ont tenté de vivre l’incarnation, n’est pas le Dieu paisible des paroisses habituelles.
Le Christ ne fournit pas de réponse au problème scandaleux du Mal. Il assume la misère du monde et nous appelle à le suivre. Dieu seul fournira un jour la réponse à l’échec apparent de l’aventure humaine : » de nouveaux cieux, une nouvelle terre, où la justice habitera ».
Suivre le Fils de l’homme, c’est exaltant, mais c’est dur, très dur….
Nos enfants ont-ils voulu poursuivre le combat seuls, avec leurs seules forces. C’est probable et c’est respectable. Pas facile de trouver sa place dans une paroisse dégagée des engagements de société.
Ma conclusion n’est pas pessimiste. Je pense que la foi n’est pas transmissible. La religion, oui. Mais où nous conduit-elle ?
Je crois que dans notre société apparemment  agnostique beaucoup d’hommes et de femmes, témoignent de l’amour de Jésus-Christ, sans prononcer son nom. Ils jouent leur rôle de sel de la terre, empêchant celle-ci de pourrir complètement. Nous savons nos enfants de cette trempe là.
Nous reste à louer Dieu de nous avoir gardé dans la Foi et à lui demander sans nous lasser, de bénir nos enfants, de mettre dans leur vie joie et lumière !                     
                            11 janvier 08             Jean Hoibian

Tag(s) : #Foi

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